“Rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance à des règles.” de Jean Cocteau (Poésie critique)

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Madame, Monsieur l’animateur du site sur le Burundi,

A travers vous je voudrais féliciter Eva, l’auteur de l’article qui a témoigné sur Théophile.

C’est un bel acte de courage et d’hommage envers lui, la famille éprouvée et sa malheureuse fiancée. Cet article me parle personnellement et m’émeut car j’étais une des voisines de Théophile. Je ne l’ai pas connu personnellement mais j’avais vaguement entendu son histoire.
D’ici, je vois où il habitait et où il travaillait, aux alentours du projet BEPES, non loin de l’hôpital militaire de Kamenge !.

Je ne peux pas ne pas être en colère après ce drame car je suis encore stupéfaite et plus indignée que jamais sur ce que le Burundi a fait subir à d’honnêtes citoyens dans le plus grand silence complice de l’Etat et de ses citoyens qui se disaient honnêtes.

L’Etat du Burundi était (est ?) un état répressif et génocidaire, qui broyait ses citoyens et pratiquait régulièrement le "sarclage politique". Théophile n’en est qu’un « banal exemple » !
Oui mais, et ma famille à moi, elle faisait quoi dans tout ça ? Personne, et je dis bien personne dans mon entourage personnel ne m’en disait rien. Mon père, mon mari, ma belle-famille, certains collègues...connaissaient leur pays mais SILENCE et bouche cousue ! POURQOI !

A aucun moment et à aucune occasion, personne n’a dit que nous vivions en enfer, que le danger guettait certains citoyens mais pas d’autres et qu’il fallait faire quelque chose au lieu d’attendre et de subir.
A la période où Théophile a été enlevé, OSCAR, le neveu de mon mari a été assassiné, lui aussi. Il venait d’intégrer l’ISCAM et se préparait à devenir un officier militaire dans l’armée du Burundi. C’était à la suite de la soit disante ouverture politique de Buyoya en 1988, forcé par les évènements de Ntega et Marangara. Notre jeune OSCAR s’est innocemment « jeté dans la gueule du loup ». Il y croyait, on y croyait : mon mari et moi l’avions encouragé à devenir militaire et il en était heureux. C’était le seul et unique militaire de sa famille. Quand la crise a éclaté, fin 1991, par tél on apprit sa mort. De source officielle, les assaillants aurait attaqué l’ISCAM et l’auraient tué tandis qu’il était de garde ! Mon œil ! Quelle garde ?
Pour ceux qui l’ignorent, l’ISCAM se situait du côté de KANYOSHA, MUSAGA et les assaillants auraient attaqué vers Bubanza/Cibitoke mais sans traverser la ville de Bujumbura. En fait, avec le recul, je crois que l’assaillant serait lui et il s’est attaqué ! Un de ses collègues militaires a confié que ce sont ses collègues qui l’ont froidement tué. Tout simplement ! Dans tout l’institut, il n’y a eu que lui à mourir. Que lui seul dans toute l’école qui devait en compter des milliers. Et par hasard, il était HUTU, originaire de MURAMVYA, de surcroît ! Un hasard de circonstance ?
Et moi, l’ignorante, l’aveugle ou plutôt l’extra-terrestre, je n’arrêtais pas de poser des questions aux militaires sur le pourquoi, le comment et les détails de cette étrange mort. Oui, car, contrairement à Théophile, les militaires ont consenti à lui organiser un enterrement et nous ont invités, mon mari et moi, à y assister au cimetière de KANYOSHA.
Avant, pendant et après,je n’ai pas arrêté de harceler les militaires… aux côtés d’un mari muet comme une tombe !
Pauvre OSCAR, tu étais venu de nulle part et tu as été doublement assassiné.
Je te demande pardon pour mon ignorance, mon insistance et ma verte colère
Willibrod