NOS ANCETRES PROTEGEAIENT LA NATURE Par un anonyme

Très souvent, les africains vivent comme des remorques trainées par l’Occident, qui semble monopoliser toutes les idées innovatrices. Mais si nous avions pu greffer le nouveau sur la souche traditionnelle comme l’ont fait les peuples d’Orient (Inde, Chine, Corée, Japon…), nous serions nous aussi bien avancés. Prenons le cas de l’environnement (on pourrait aussi parler de métallurgie, etc.).

Dès mon jeune âge, les parents m’enseignaient à respecter certaines espèces animales et végétales, celles qui apparemment n’ont aucune utilité et celles qui servaient pour la vie familiale. Les parents nous dissuadaient, nous les enfants en usant des interdits, mais l’effet était obtenu. Par exemple, les lézards étaient très protégés. Qui coupait la queue du lézard risquait de voir sa mère perdre la mamelle. Maintenant nous le savons, les lézards, bien que souvent qualifiés de paresseux, sont des alliés de l’homme : ils mangent tous les insectes et autres petits parasites qui gravitent autour de la maison. Certains oiseaux étaient divinisés, comme la bergeronnette (inyamanza), d’autres étaient affublés d’un pouvoir maléfique, comme Rwungere, cet oiseau rare qui nidifie sous les touffes d’herbes des collines (ishinge). Il était absolument interdit de toucher à leur nid, si on le trouvait. Même les cigognes (inyanana), les grues (imisambi)ou les hérons (inyange) étaient protégés. Personne ne se serait hasardé à les tuer ou à manger de leur viande. Ce sont des animaux qui ne causaient aucun dommage à l’agriculture, au contraire, certaines espèces étaient même utiles à l’élevage ( les inyange débarrassent les vaches de leurs parasites de la peau).

Les grands crapauds(ibikere) étaient censés être la réincarnation du grand-père, et avaient donc la priorité quand ils sautillaient dans les enclos.
Par contre, puisque les parents ne nous l’avaient pas interdit, nous les enfants étions très cruels avec les coccinelles (ibivumvuri), que nous empalions sur des tiges type cure-dent et nous les utilisions comme des instruments de musique, en écoutant les vibrations de leurs ailes.

Les espèces botaniques protégées étaient surtout les arbres ou arbustes médicinaux(igicuncu, umuravumba, umunceke, etc.), les arbres ou herbes à fibres pour la confection des habits (imivumu, imimada), des nattes (urukangaka, urufunzo), des corbeilles et les paniers (intaretare, imigano), etc ; et les arbres pour la confection des instruments de travail, en particulier les pilons et les manches pour les houes, les manches pour les serpettes et les haches . On utilisait principalement le musave , qui est un arbre au bois tendre mais résistant aux cassures. Des troncs de ficus géants étaient creusés les brassoirs (ubwato) et même les barques (ubwato). Mais le Roi des arbres est le muvugangoma (l’arbre à tambour). Il poussait spontanément dans la propriété de quelqu’un et ce propriétaire était tenu de laisser grandir cet arbre duquel seraient fabriqués les tambours royaux.

Dans les temps modernes que nous vivons, ne serait-il pas par exemple d’un grand profit, créer artificiellement une plantation des misave et des mivugangoma , arbres parfaitement adaptés au climat et d’une utilité qui n’est plus à démontrer ? Ne serait-il pas éducatif enseigner aux enfants, comme on le fait ailleurs (et comme le faisaient nos pères) les espèces animales, les insectes et les oiseaux de nos terres, déjà à l’école primaire ? Dans l’ « étude du milieu », met-on l’accent sur la protection de la nature, et surtout sur l’urgence d’avoir des arbres non seulement pour protéger nos terres de l’érosion mais aussi pour freiner l’eau de pluie et la forcer à entrer dans les nappes phréatiques desquelles nous la récupèrerons quand elle jaillit des sources ?