“Rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance à des règles.” de Jean Cocteau (Poésie critique)

Le leadership burundais selon Mandela (en 2000)

[bleu marine]Le leadership burundais selon Mandela (en 2000)[/bleu marine]

Pour réfléchir sur la tourmente électorale que nous traversons, je vous propose comme lecture un avis que Mandela a émis en 2000 sur le leadership burundais. On dirait que notre histoire ne cesse de bégayer. Cette voix d’outre-tombe semble s’adresser encore aux leaders burundais en ce moment décisif. Sauront-ils l’écouter pour éviter le naufrage à la nation burundaise tout entière ?

Fabien Cishahayo

Pratiquement aucune des parties qui négocient, voire aucune, ne semble avoir appris l’art du compromis. Leur inflexibilité engendrera inévitablement des difficultés et empêchera les compromis nécessaires à un accord réaliste. Même chez les observateurs politiques impartiaux et expérimentés règne l’opinion profondément ancrée que le vrai problème du Burundi est l’absence de dirigeants dynamiques qui comprennent l’importance de l’unité nationale, de la paix et de la réconciliation, l’absence de dirigeants ayant une vision, et qui s’émeuvent de voir les civils innocents se faire massacrer.

Je ne sais pas si cette opinion est juste ou non. Je trancherai cette question en continuant à travailler à la paix et à la stabilité. Je crois que vous êtes capables d’être à la hauteur des attentes et de répondre aux énormes défis que le pays doit relever. Le fait que vous vous soyez révélés comme des leaders dans votre pays, quelles que soient les erreurs que ayez commises ou les fautes dont votre réflexion et votre action sont entachées, prouve que vous êtes tous des hommes responsables et soucieux de faire face aux événements qui ont conduit au massacre de milliers de vos compatriotes.

Mais votre incapacité à vous mettre d’accord sur des questions cruciales, les nombreuses scissions au sein de vos organisations politiques, le sentiment qu’il n’y a pas d’urgence, alors que la situation requiert des initiatives immédiates tout cela est indubitablement de votre responsabilité… Les compromis sont indispensables pour diriger un pays, et c’est avec ses adversaires qu’on fait des compromis, pas avec ses amis. À en juger par votre situation, il semble que vous adoptiez tous des positions dures et que vous vous concentrez sur des manœuvres visant à discréditer ou à affaiblir vos rivaux. À peine si l’un de vous s’est préoccupé de mettre en avant les problèmes qui vous lient à votre peuple.

Si l’on étudie l’histoire récente de votre pays, on voit que vous n’avez absolument aucune conscience des principes fondamentaux qui doivent motiver chaque dirigeant.

Il y a des femmes et des hommes de bonne volonté dans toutes les communautés. En particulier, il y a des femmes et des hommes de bonne volonté chez les Hutus, les Tutsis et les Twas. Le devoir d’un vrai chef est d’identifier ces hommes et ces femmes et de leur confier le devoir de servir la communauté.
Un dirigeant s’efforce perpétuellement d’apaiser les tensions, surtout quand il a affaire à des problèmes sensibles et complexes. Les extrêmes prospèrent quand il y a de la tension, et l’émotion pure tend alors à se substituer à la rationalité.

Un dirigeant traite n’importe quel problème sans se soucier qu’il soit important ou sensible, avec le souci que le pays s’en sorte plus fort et plus uni que jamais.

Dans chaque querelle, on arrive à un moment où aucune des deux parties n’a entièrement tort ou entièrement raison. Où le compromis est la seule alternative pour qui souhaite réellement la paix et la stabilité.

[bleu ciel]Extrait de Nelson Mandela (2010). Conversation avec moi-même. Paris, Éditions de la Martinière, p.425-427.[/bleu ciel]