La récente déclaration du président nkurunziza est-elle une ’bonne nouvelle’ ? Par Révérand Isaac Nizigama

La récente déclaration du président nkurunziza est-elle une ’bonne nouvelle’ ?

Alors que l’on commençait à chuchoter ou à officieusement faire état de ‘négociations’ ou de dialogue en cours de préparation ou de pré-déroulement entre le gouvernement burundais, issu des élections de juin-juillet 2010 et les partis dits d’opposition extra-parlementaire, d’aucuns viennent d’être abasourdis par la récente déclaration, trop tranchée, du Président de la République du Burundi, SE Pierre Nkurundiza : « Il n’y aura jamais de négociations…. ».

Il est peut-être vrai que la position trop radicale des partis dits de l’ADC-Ikibiri, s’étant promptement retirés du processus électoral de 2010 et ayant immédiatement réclamé premièrement ‘le dialogue’, ensuite, plus récemment, ‘des négociations’, n’est nullement exempte de calcul politicien visant à assurer à ces partis, pour la plupart minoritaires, une survie politique et une présence significative dans les institutions étatiques en dépit de leur défaite prévisible aux dernières échéances électorales. Il est également vraisemblable que le dit dialogue, s’il est initié et mis en œuvre conduirait à des concessions de la part du pouvoir actuel, issu de ces élections dont il revendique une victoire écrasante, voire exclusive, et par conséquent à un certain affaiblissement de sa position de force qu’il tente de consolider.

Néanmoins, ces deux arguments vraisemblables ne constituent pas à mon sens des raisons suffisantes pour un refus catégorique, dans un pays actuellement sérieusement menacé, sur le plan sécuritaire, par le retour à une guerre civile et au chaos politique, d’un dialogue visant à analyser conjointement les divers mobiles du contentieux postélectoral en vue d’en déterminer des solutions viables. Certes, le président de la République a peut-être raison de dénoncer le ‘boycott’, par les partis dits d’opposition extra-parlementaire, du processus électoral de 2010, il aurait certainement été mieux, pour le peuple burundais dans son ensemble, que ces partis acceptent de subir le verdict des urnes et dénoncent, s’il y a lieu, les erreurs et les irrégularités qui l’auraient caractérisé à partir de l’intérieur même des institutions, du moins pour ceux, parmi ces partis, qui s’y seraient retrouvés. Situation idéale qui ne s’est malheureusement pas présentée.

Par conséquent, le Président de la République n’a pas raison de refuser catégoriquement le dialogue avec ces partis s’il tient compte de l’intérêt sécuritaire et de la vie des citoyens qui l’ont porté au pouvoir. Déjà le dénombrement des morts suite à ce contentieux ne cesse d’identifier victime après victime, dans Bujumbura rural comme ailleurs dans le pays. Le Président de la République devrait se souvenir du rôle de l’institution qu’il incarne en tant que Père de la Nation, c’est-à-dire symboliquement Père de tous et de chacun des Burundais, il devrait penser à chaque vie humaine qui se perd à cause de ce contentieux dont il détient, me semble-t-il, suffisamment de moyens de résolution pacifique.

Il ne me semble pas en effet prévisible que les partis de l’ADC-Ikibiri ainsi que les opérations des ‘bandits armés’ dont personne, nonobstant la récente attribution de ces derniers à Rwasa Agathon par le ministre de la Défense nationale, n’a jusqu’à présent revendiqué la paternité de façon incontestée, soient réduits rapidement au silence ou à l’inertie par une action politique ou militaire unilatérale émanant du gouvernement actuel. Ces partis et ces groupes représentent de toute évidence une frange non négligeable de la population ayant de fortes revendications à faire valoir. En témoignent par exemple les récentes scissions du FNL de Rwasa qui n’ont pas réussi à neutraliser complètement l’aile dont ce dernier revendique le leadership. Le refus de dialoguer avec cette frange de la population, qui pourtant ne cesse de réclamer ‘dialogue’, si on évite le terme de ‘négociations’ caractérisant davantage le dernier durcissement des positions, constitue un refus de tenir compte des intérêts significatifs d’une partie de la population. Dans une démocratie, chaque citoyen devrait se voir garantir le droit d’être écouté quoique toutes les revendications ne puissent et ne doivent pas logiquement et nécessairement trouver satisfaction. Qui d’autre, plus que le Président de la République, garantirait ce droit aux citoyens ? Le président Nkurunziza aurait-il été leurré par certains de ses conseillers pour oublier son statut de Père de la Nation ? Aurait-il déjà oublié que c’est à force de dialogue et de négociations que lui-même et son parti ont été portés au pouvoir ? Voudrait-il s’ériger en dictateur à l’instar des pouvoirs qu’il a combattus et de nombreux autres dirigeants africains qui pourtant terminent toujours de façon lamentable, ayant manqué de saisir l’opportunité historique qui leur était offerte pour faire du bien à leurs peuples qui attendaient d’eux d’être bien dirigés ?

Certes, certaines déclarations émanant de leaders et des partis d’oppositions manifestent une radicalisation et une exacerbation pamphlétaires de nature à décourager toute ouverture du pouvoir actuel vers un quelconque dialogue avec ces partis : le rapprochement du Président Nkurunziza au président ivoirien déchu Laurent Gbagbo, les ‘prophéties’ d’un ‘printemps arabe’ à la burundaise, la non-prise en compte de faits positifs et objectifs, dont le pouvoir actuel doit être fier d’inscrire à son actif, au profit d’un tableau toujours totalement sombre et alarmant, etc. Ces positions et déclarations semblent inciter plutôt le pouvoir en place à démontrer sa force et à fermer la porte à toute entrée de ces leaders dans les institutions qu’il dirige jusqu’aux prochaines échéances électorales.

Cependant, au lieu de céder à de telles provocations, le Président de la République devrait plutôt compter sur le soutien d’une grande partie de la population qui l’a élu pour entamer, en position de force, un dialogue visant à vider le contentieux postélectoral par la force des arguments et non seulement par la force des canons. Le refus catégorique du dialogue s’avère en effet l’exclusion injustifiée d’un des moyens à sa disposition pour résoudre la crise actuelle. Or, ce moyen s’est traditionnellement avéré plus efficace que celui des canons et son efficacité n’est plus à démontrer depuis les Accords d’Arusha que le pouvoir actuel ignorerait à ses propres dépens.

J’ose espérer que la récente déclaration du Président Nkurunziza, qui, pour une partie non négligeable de sa population, surtout celle promise aux prochains assassinats ciblés, acculée à la clandestinité, aux fuites, au chômage et à la misère, ne constitue pas du tout une ‘bonne nouvelle’, sera peut-être repensée et que, comme le retour à la paix dans tout le pays me semble l’exiger, il privilégiera cette voie du dialogue qui ne tardera pas à démontrer à nouveau son efficacité.

Révérend Isaac Nizigama

Gatineau-Ottawa, Canada.