La faim n’est pas une fatalité

Un bon élève de la lutte contre la faim nommé Malawi

Raphael Tenthani et Tom Maliti
Associated Press
BLANTYRE, Malawi

Si la faim progresse dans le monde, certains pays en développement comme le Malawi luttent avec succès contre la malnutrition en faisant de l’agriculture une priorité, souligne l’organisation ActionAid International dans une étude publiée vendredi.

Grâce aux engrais qu’il n’a pu se procurer que grâce à l’aide de l’État, Rodrick Jesitala, un paysan du sud du Malawi, a récolté assez de maïs pour nourrir sa famille cette année. Le rapport d’ActionAid International loue la politique agricole du Malawi, soulignant que certains pays pauvres qui font de l’agriculture une priorité sont passés d’une dépendance aux importations alimentaires à une production agricole excédentaire par rapport à leurs besoins. ActionAid International classe le Malawi parmi les cinq pays en développement qui réussissent le mieux dans la lutte contre la faim, le Brésil arrivant en tête de ces bons élèves. Le rapport de l’ONG « Qui lutte réellement contre la faim ? » précise que le Brésil a réussi à réduire la malnutrition infantile de 73% en six ans, en investissant dans les petites exploitations agricoles et en mettant en place des politiques sociales fortes.

Au Malawi, les deux dernières saisons agricoles ont abouti à des excédents impressionnants d’un aliment de base : le maïs. Le président Bingu wa Mutharika a poursuivi son programme d’aide aux paysans pour l’achat d’engrais, malgré l’opposition de pays donateurs occidentaux qui jugent ces subventions contraires aux règles de l’économie de marché.

Durant la saison 2008-09, le gouvernement malawite a dépensé 183 millions de dollars dans son programme de subventions agricoles, qui a permis au pays de réaliser un excédent de 1,3 million de tonnes de maïs. En vertu du dispositif, une famille reçoit deux sacs de 50 kilos de fertilisant et des sachets de semences.

Avant de commencer à utiliser les engrais, Rodrick Jesitala récoltait moins de 15 sacs de maïs sur sa petite parcelle. En 2009, il en a récolté 40 sacs, une quantité suffisante pour nourrir sa famille jusqu’à la fin de l’année. « Nous en vendrons même une partie », précise-t-il.

Le Malawi, qui a souffert de graves pénuries alimentaires par le passé, est devenu récemment un pays donateur, offrant 500 tonnes de maïs au Swaziland et autant au Lesotho. Et des négociations sont en cours pour la vente de maïs malawite au Kenya et au Zimbabwe.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) avertit qu’en raison de la sécheresse, les habitants de certaines régions du sud du Malawi auront besoin d’aide alimentaire cette année malgré l’excédent agricole. Mais le ministère malawite de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire assure que les stocks sont suffisants pour répondre à toute urgence alimentaire.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a souligné dans un rapport mercredi que le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde avait atteint 1,02 milliard cette année. La FAO attribue la hausse régulière de la malnutrition dans le monde depuis plus d’une décennie à la baisse des dépenses des gouvernements dans l’agriculture.

« C’est le rôle de l’État et non le niveau de richesse », qui est déterminant dans la lutte contre la faim, explique Anne Jellema, une responsable d’ActionAid. « Toutes les six secondes, un enfant meurt de faim, mais on pourrait facilement mettre fin à ce scandale si tous les gouvernements agissaient avec détermination. »

Le rapport d’ActionAid classe 29 pays en développement et 22 pays développés en comparant les politiques, lois et mesures que chacun ont instaurées pour tenter de lutter contre la faim dans le monde.

Dans la catégorie des pays riches, dans laquelle la lutte contre le changement climatique est également prise en compte, le trio de tête se compose du Luxembourg (1er), de la Finlande (2e) et de l’Irlande (3e). La France arrive en 9e position.

Pour les pays en développement, les cinq premiers sont le Brésil, la Chine, le Ghana, le Vietnam et le Malawi. Le rapport d’ActionAid classe des pays où l’ONG est présente ou bien qui disposent de données fiables permettant des comparaisons.

Source : http://www.cyberpresse.ca