NOTRE LIGNE EDITORIALE

Si j’avais à choisir entre un gouvernement sans journaux et des journaux sans gouvernement, je choisirais sans hésiter la deuxième solution.

Thomas Jefferson

Un nouvel espace citoyen, pour quoi faire ?

Un espace public émerge actuellement au Burundi, constitué par toutes ces organisations de la société civile, tous ces médias écrits et électroniques, publics ou privés, implantés sur le territoire national ou émanant des communautés diasporiques. Cet espace peut être vivant, vivifiant, dynamique ou, au contraire, stérile, ressassant inlassablement des lieux communs, des banalités, des inepties, etc. Comme le disait Jean Cocteau que je citais dans un de mes éditoriaux, dans une vie cybérienne antérieure : « Un monde finit, un monde commence... il est urgent de décider s’il sera ombre ou lumière ». Cet espace public sera aussi ce que nous en ferons, collectivement.

Alors que le Burundi s’achemine, après la victoire du CNDD-FDD, vers un nouvel ordre politique, donner la parole aux citoyens qui ont été si longtemps baillonnés, fournir une espace pluraliste et ouvert où se met en débat la « res publica », la chose publique, devient une impérieuse nécessité. Non pas pour applaudir les nouveaux tenants du pouvoir - les candidats à cette tâche sont si nombreux - mais pour assumer la tâche, souvent ingrate, de porter la parole des plus humbles d’entre nous, même s’il n’ont pas accès à cette langue venue des bords de la Seine et à ce cyberespace dont les utopistes célèbrent pourtant la convivialité et l’universalité. En dépit de l’existence de nombreux sites consacrés au Burundi, nous mettons donc sur pied ce nouvel espace citoyen, pour accompagner - avec nos modestes moyens - notre peuple dans sa quête de liberté et de démocratie.

Ce n’est un secret pour personne : nous avons mis sur pied ce site à la suite de la déception causée par la dérive du site abarundi.org vers le journalisme de connivence, de révérence, de complaisance. C’est pour ne pas cautionner cette dérive que nous avons décidé de fonder ce nouvel espace. Les partis passent, mais le peuple reste. Servir un parti, c’est bien, servir un peuple, c’est mieux. C’est plus ingrat, mais ça dure plus longtemps... et ce n’est pas lié aux gratifications personnelles.

Un horizon : l’objectivité ; un impératif : l’honnêteté.

L’une des pierres angulaires de notre éthique sera l’objectivité. Mais on le sait, pour reprendre les mots d’un écrivain que nous aimons , elle est cousine germaine de l’hypocrisie(1). Si l’objectivité reste un horizon que nous visons, horizon jamais atteint, de par sa définition même, nous nous efforcerons de cultiver l’honnêteté comme une des vertus cardinales de notre ligne éditoriale.
Ce souci d’honnêteté se traduira par l’engagement à accorder la parole à tout le monde, à l’exception ceux qui nous proposent de la littérature haineuse ou obscène ou qui tiennent des propos inutilement discourtois. Nous respecterons strictement le droit de réponse consacré par les instruments juridiques internationaux régissant la profession journalistique et nous nous ferons un honneur de citer systématiquement nos sources, si nous empruntons des articles chez nos collaborateurs. Les journalistes qui collaborent à ce site sont tous des bénévoles, mais le site pourra éventuellement rémunérer des collaborateurs pour des contributions ponctuelles.

Le site burundibwacu.org accueillera aussi de la publicité, mais si et seulement si elle est en conformité avec les valeurs qu’il défend. Dans la mesure du possible, le site évitera de dépendre des recettes des annonces publicitaires pour sa survie, aux fins de protéger son intégrité et de garantir sa crédibilité.

Le site burundibwacu.org s’intéresse au Burundi, mais il est actuellement illusoire de penser l’avenir du Burundi comme une entité politique indépendante, dans un contexte global où prévaut plutôt l’interdépendance des économies et l’interfécondation - plutôt que le choc - des cultures et des civilisations. Le site privilégiera donc les synergies créatrices avec les autres organes d’information et offrira des espaces aux organisations qui oeuvrent sur le terrain, dans les champs culturel, éducatif, social, économique, etc., pour la promotion d’une société civile dynamique. Les reportages et articles que nous publierons ne vont pas toujours non plus focaliser l’attention de nos lecteurs sur le Burundi uniquement : partout où il y a des diasporas se trouve le Burundi et tous les lieux et fora où se discutent des questions touchant de près ou de loin le destin de la mère-patrie feront l’objet de notre attention. Chaque fois que possible, nous ferons aussi place sur notre site à un article de la presse internationale dans une rubrique intitulée : « Quand un journal force notre admiration ».

Cap sur la gouvernance.

Last but not least, dans un contexte où le concept et les pratiques reliées à la gouvernance prennent une place importante dans la politique internationale, mais aussi dans la mise sur pied d’un État de droit, nous allons attacher une importance primordiale au journalisme d’investigation. La société civile burundaise fourmille de jeunes organisations soucieuses de surveiller l’action gouvernementale, pour promouvoir une saine gestion de la chose publique. Le site veut répercuter leurs combats, leur offrir une tribune et en même temps contribuer à fournir des pistes de réflexion et d’action. Comme le dit l’adage célèbre, la politique est une chose trop importante pour être laissée aux mains des seuls politiciens...

Etre sérieux, sans se prendre au sérieux...

L’humilité, disait un sage, est l’antichambre de toutes les perfections. Celui qui prend la plume pour écrire dans le cyberspace peut-il avoir de l’influence dans un pays où plus de 60% de la population ne sait pas lire et encore moins dans une langue étrangère et sur les réseaux télématiques ? La recherche de la vérité et le souci d’informer ne doivent pas nous faire oublier que l’information n’est pas une clé magique pour des changements politiques, économiques, sociaux et culturels. Mais autant on ne peut pas entretenir une flamme sans présence d’oxygène, autant on ne peut maintenir une démocratie saine sans ce travail de fourmi qui consiste à collecter, à traiter et à diffuser des informations, pour oxygéner cette démocratie. Ce n’est pas pour rien que les médias de masse commencent leur essor lorsque, dans l’Europe des Lumières, les monarchies absolues de droit divin commencent à vaciller sur leurs fondements et que, lentement mais sûrement, sur les décombres de l’ordre féodal, se forme l’ordre républicain. Comme l’écrivait Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal Le monde, un homme non informé est un sujet, un homme informé est un citoyen. Notre tâche se veut donc d’abord comme une modeste contribution à l’émergence de la citoyenneté sur les mille collines de la terre natale. Le lecteur n’est pas invité à nous suivre passivement et à nous lire, fût-ce passionnément, il est instamment invité à nous interpeller, à nous stimuler, à bousculer nos certitudes. Amadou Hampaté Bâ disait que le mouvement vient de l’opposition. La marche n’est possible que quand le pied droit s’oppose au pied gauche. La mort, l’immobilisme, c’est quand les deux pieds sont d’accord...La contradiction, c’est la vie, le mouvement, la marche vers l’avant... exactement ce dont a besoin le Burundi après douze ans d’une parenthèse tragique.