Les sénateurs indépendants du chef de l’État Par Silvère Hicuburundi

2009-06-12

(Syfia Grands Lacs/Burundi) Le Sénat burundais n’hésite pas à refuser des candidats à de hauts postes, même présentés par le chef de l’État, s’ils ont failli à leurs missions dans le passé. Sauf lorsque les intérêts du pays, en particulier la paix, sont en jeu.

Le général de brigade Juvénal Niyoyunguruza est tombé des nues, le 16 avril dernier, en apprenant que le Sénat lui avait radicalement refusé son ultime aval pour accéder au poste de chef d’État-major général adjoint de l’armée burundaise. Il avait pourtant été proposé par le président de la République dont, généralement, la volonté est un ordre. Mais ce jour là, les sénateurs se sont mis en travers de son chemin vers le sommet. "Son dossier indique qu’en 1993, cet officier commandait le bataillon dont est issu celui qui a assassiné l’ancien président de la République, Melchior Ndadaye. Comme il n’a rien fait pour le sauver, ce serait indélicat de lui confier toute une armée", explique, sous le sceau de l’anonymat, un sénateur après un vote à huis clos.

L’infortuné est amer. Mais il partage ses déboires avec deux autres candidats malheureux, Kalenga Ramadhani et Réverien Ndikuriyo. Ancien ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le premier a raté une ambassade en raison d’un écart de langage, devant un parterre de diplomates à Bujumbura, à propos de la vente encore controversée d’un jet présidentiel (Falcon 50) en juillet 2006. Le second, lui, ne sera pas gouverneur de Makamba (province du sud du pays) pour avoir, quand il dirigeait la même circonscription en 2007, couvert les activités d’une association de microfinance (Idc) qui a grugé la population avant de mettre la clé sous la porte. Bien d’autres nominations à des postes importants ont déjà été annulées par le Sénat, élu en 2005.

Vigilance citoyenne exemplaire

En s’opposant à la volonté du président de la République, les sénateurs, dont une bonne frange du parti présidentiel, prouvent leur indépendance et font montre d’un inhabituel esprit de vigilance citoyenne au Burundi. "C’est un honneur pour nos sénateurs et cette pratique devrait être encouragée, afin que chaque responsable sache qu’il est constamment regardé et qu’il sera jugé sur ses actes", observe Athanase Miburo, retraité. Les sénateurs se disent engagés à veiller à la promotion de "l’homme qu’il faut à la place qu’il faut". Un rôle que leur donne d’ailleurs la Constitution.

"La position particulière du Sénat au sein des institutions est marquée par le pouvoir que lui confère la Constitution d’approuver ou de refuser les nominations aux postes les plus importants de la République, effectuées par le président : gouverneurs de province, ambassadeurs, membres du Conseil supérieur de la magistrature, etc. ", rappelle Alexis Nahayo, ancien député. Cette indépendance est d’autant plus remarquable qu’elle fait défaut aux députés. Ceux-ci ne s’opposent guère à la volonté du président de la République, constate Herménégilde Nizigama, politologue, même quand il s’agit d’une question de droits de l’homme comme la criminalisation de l’homosexualité qu’ils ont récemment votée en dépit des protestations de la communauté internationale et de défenseurs des droits humains.

Peu d’hommes sans taches

Cependant, en dépit de la vigilance du Sénat, il reste difficile, dans un pays comme le Burundi qui sort d’une décennie de guerre civile et d’une sérieuse crise sociopolitique, de ne promouvoir que des hommes et femmes à la réputation sans tache. D’autant que les différents accords de paix, qui ont permis de mettre fin aux violences, reposent sur une amnistie préalable et collective. "Le 3 juin, le Sénat a approuvé les décrets qui nomment les leaders de l’ancien mouvement FNL aux importants postes de responsabilité. Pourtant, ceux-ci ont publiquement revendiqué plusieurs crimes dont les massacres de réfugiés congolais", fait remarquer Isidore Mundanikure, observateur des droits de l’Homme. Dans le souci de privilégier la paix et la réconciliation, le Sénat déroge, dans ce cas, à sa rigueur notoire et laisse avancer des candidats, quel que soit leur passé.

Source : www.syfia-grands-lacs.info