La situation des Batwa du Burundi Source : Binub(Bureau Intégré des Nations au Burundi)

A trois jours de la célébration de la Journée Internationale des Populations Autochtones, les Batwa du Burundi indiquent qu’ils ne sont pas traités au même pied d’égalité que les autres composantes ethniques du Burundi notamment dans les domaines de l’éducation, l’accès à l’habitat décent ainsi qu’à la représentativité dans les institutions du pays. L’association Unissons-nous pour la Promotion des Batwa (UNIPROBA) demande au gouvernement burundais de respecter les droits qui sont reconnus aux populations autochtones. C’est ce qu’a indiqué la présidente de l’UNIPROBA, Mme Libérate NICAYENZI, au cours d’une conférence de presse qui a eu lieu ce 06 Août 2009

Selon Libérate Nicayenzi, présidente de l’association UNIPROBA (Unissons-Nous Pour la Promotion des Batwa), les autochtones burundais sont depuis longtemps victimes de plusieurs aléas socio-politiques. Les Batwa du Burundi constituent une minorité particulière car ils ne représentent qu’environ 1 % de la population. « Cette minorité qui devait dans l’ordre normal des choses être protégée et sauvegardée comme une pierre précieuse est, au contraire, marginalisée, opprimée, discriminée et laissée à elle-même », affirme-t-elle.

Jadis, dit-elle, les Batwa étaient des habitants de la forêt, avec la déforestation progressive, la constitution des parcs et des réserves naturelles ainsi que le souci pour la protection de l’environnement, ils ont été forcés de quitter la forêt.

Ils n’ont été ni avertis ni indemnisés pour qu’ils puissent s’intégrer dans une autre vie en dehors de la forêt, martèle cette femme parlementaire. Vivants de la cueillette, de la chasse, la pêche, la nouvelle vie qui venait de leur être imposée les ont conduit à la débauche, à la pauvreté sans égale, à la vie d’errance, à la politique de la main tendue et à d’autres sortes de violences, poursuit-elle. En toute logique, les auteurs de la destruction de leur demeure (en l’occurrence les autorités administratives) auraient mis sur pieds des mécanismes d’encadrement, d’intégration, de réinstallation, d’indemnisation et de suivi. Mais cela n’a jamais été la préoccupation des décideurs, dit-elle avec regret.

L’éducation est l’unique clef qui ouvre les portes du développement. Mais depuis l’arrivée des missionnaires et l’introduction de l’école, cette clef détenait les seuls enfants Tutsi et Hutu comme s’ils étaient les seuls enfants du pays. L’exclusion des enfants Batwa dans le système éducatif explique à suffisance leur exclusion dans tous les secteurs de la vie nationale. « Pis encore, se voyant devant un combat inégal, les Batwa ont préféré se résigner et ont considéré leur situation comme une fatalité », a-t-elle dit.

Libérate Nicayenzi note que la chasse est aujourd’hui prohibée, la pêche à l’hameçon a fait place aux matériels modernes, l’argile destinée à la poterie est devenue une matière première pour les tuiles et les briques, la médecine traditionnelle n’est plus pratiquée, … Avec tristesse, elle constate que la modernisation de la vie et les progrès technologiques ont placé les Batwa dans « un cahot du désespoir ».

Conscients de la discrimination dont ils sont victimes sur tous les plans, affirme-t-elle, les Batwa du Burundi ont été à l’origine de la création des organisations regroupant les autochtones de la région, en général, et du Burundi, en particulier. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’aujourd’hui des voix s’élèvent un peu partout pour réclamer le respect des droits les plus fondamentaux de cette composante de la population. Fondée en 1999 et agréée par le gouvernement burundais en juin 2003, l’UNIPROBA est parvenue à se créer un cadre d’échanges et de collaboration.

Libérate Nicayenzi reconnaît, toutefois, que des progrès commencent à se faire sentir. « Un texte du gouvernement burundais confère à la communauté Batwa trois places au parlement, 3 places au sénat et promet la participation des Batwa dans différentes commissions mises sur place pour la gestion du pays ».

Libérate Nicayenzi, qui siège aujourd’hui à l’assemblée nationale burundaise au nom de cette loi, déplore l’inaction des autres femmes autochtones. « Partout, on observe une très faible représentativité des femmes autochtones. Dans presque toutes les organisations regroupant les autochtones, on y trouve moins de 5% de femmes. Je profite de cette occasion pour plaider la cause des femmes autochtones. Elles doivent suivre les autres femmes dans la grande marche vers une émancipation éclairée. Les bailleurs, les organisations nationales et internationales doivent donc les appuyer », conclut-elle.

Guy Karema