La presse belge s’inquiète pour l’avenir du pays

La presse belge s’inquiète pour l’avenir du pays

LEMONDE.FR | 23.04.10 | 13h54 • Mis à jour le 23.04.10 | 15h41

"Bye Bye Belgium", "Ce pays a-t-il encore un sens ?" : les unes des journaux belges, francophones surtout, reflétaient vendredi l’inquiétude de la presse nationale sur l’avenir du pays, au lendemain d’une énième démission du gouvernement due à un conflit sur les droits linguistiques des francophones vivant dans la banlieue flamande de Bruxelles.

Le roi Albert II, qui n’a pas encore accepté cette démission, doit poursuivre dans la journée ses consultations avec l’ensemble des chefs de parti. Le chef de l’Open VLD, le parti des libéraux flamands, a entrouvert la porte à un nouveau compromis en fixant aux responsables des partis francophones un ultimatum au jeudi 29 avril, date de la prochaine réunion plénière du Parlement belge, pour trouver un accord. Les présidents des partis francophones se disent prêts à rouvrir les discussions avec l’Open VLD mais n’acceptent pas de nouvel ultimatum. "L’important, c’est l’accord et pas la date", a répondu la présidente du parti centriste CDH, Joëlle Milquet.

Ce matin les journaux belges étaient étoffés de nombreuses pages spéciales. L’éditorial du quotidien bruxellois Le Soir aligne les interrogations : "Y a-t-il encore un sens à maintenir un pays où il n’existe plus d’hommes et de femmes, ou de systèmes, capables de construire des compromis, même réduits, indispensables à la poursuite de la Belgique ?" Si tel n’est plus le cas, "il faudra passer à autre chose et l’assumer", ajoute-t-il.

Le quotidien populaire francophone La Dernière Heure prophétise en "une" un "Bye Bye Belgium" avec une mention ironique précisant : "Ceci n’est pas une fiction" Une référence au canular d’une émission télévisée belge qui, en décembre 2006, avait suscité un énorme émoi en annonçant en direct aux téléspectateurs la déclaration d’indépendance des Flamands de Belgique.

INQUIÉTUDE À DIX SEMAINES DE LA PRÉSIDENCE BELGE DE L’UE

Pour La Libre Belgique, c’est "le coup de force flamand" qui retient surtout l’attention. A savoir une tentative jeudi de tous les partis flamands, juste après la démission du gouvernement, de faire voter à la Chambre des députés un texte de loi remettant en cause des droits linguistiques des francophones vivant en Flandre.

"Gâchis", titre l’éditorialiste du quotidien après cette crise "d’une gravité sans précédent" et "qu’aucun citoyen n’a souhaité." Selon cet article, l’Open VLD "n’a agi que pour des raisons électorales. Mal à l’aise dans un gouvernement où il est absent, traversé par des divisions internes, géré par des novices, le VLD veut au plus vite gagner l’opposition où il pourra se refaire une santé. C’est son droit. Pas celui de prendre un pays, une population en otage".

Reprenant une dépêche de l’agence de presse Belga, le quotidien relaie aussi les éditoriaux des journaux flamands, qui se veulent moins dramatiques, saluant même pour certains le coup tactique du président du parti libéral flamand. De Standaard, le quotidien flamand de référence, n’en est pas moins inquiet. Il voit dans les soubresauts actuels "un signe clair de l’impuissance de la politique belge". La Libre Belgique liste également "dix chantiers en péril" parmi lesquels le budget, l’avenir des pensions ou encore le dossier nucléaire.

La presse belge n’est pas la seule à se montrer préoccupée. Les médias étrangers s’inquiètent aussi de cette crise, à dix semaines de la présidence belge de l’Union européenne. "La chute de la coalition belge menace la Belgique dans son rôle de présidente", souligne The Financial Times, repris par l’agence Belga. "J’espère que cette affaire en Belgique sera réglée", a déclaré pour sa part le ministre des affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos, sans se montrer particulièrement inquiet quant aux conséquences de la crise belge pour l’Union européenne. La présidence espagnole, comme il est de coutume pour préparer le passage de témoin, a "déjà travaillé sur les principaux sujets européens" avec la Belgique, a-t-il assuré.

Enfin, un économiste a calculé que cette crise politique pourrait coûter des millions d’euros à la Belgique. "Une nouvelle crise politique dans notre pays pourrait l’amener au bord du gouffre. [...] Les marchés financiers sont maniaco-dépressifs quant à la dette de l’Etat et pourraient rapidement passer d’un calme apparent à une panique généralisée avec des primes de risque de circonstance. En d’autres termes, un pays a plutôt intérêt à se tenir, dans la mesure du possible, à l’écart des colonnes de la presse mondiale."

Le Monde.fr, avec AFP