La fragilité de la coalition de l’opposition

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La fragilité de la coalition de l’opposition

Par Ntirampeba Séverin, Allemagne

L’histoire se répète au Burundi. A la fin d’une longue transition marquée par des gouvernements issus des différents accords Kajaga, Kigobe, Arusha, Dar Es Salaam etc. le peuple burundais et la communauté internationale espéraient enfin voir le pays revenir à la normalité.

Hélas cet espoir risque d’être de courte durée, car à l’annonce des résultats des élections communales les partis d’opposition se sont vite empressés de dénoncer les fraudes électorales pour couvrir leur défaite.

Au vu des éléments fournis comme preuves de fraudes se trouvent des irrégularités constatées dans quelques communes.

Si bien même le parti au pouvoir concédait à ces partis d’opposition toutes les voies de ces communes où il y aurait eu des irrégularités, les résultats des communales resteraient sensiblement inchangés : Il s’agit de 4 communes sur les 129 que comptent la pays : Kinama, Marangara, Makamba et Nyanza-lac.

Au lendemain de ce début du long marathon électoral le gros et l’important reste encore à venir. Il reste encore les élections présidentielles et parlementaires (députés).
Sur les 135 Parlementaires (députés et sénateurs confondus), le parti au pouvoir n’est rassuré que de quelques 21 sièges de sénateurs, soit moins de 20% du parlement réuni et moins de 42% des sièges du sénat.

Les dispositions constitutionnelles précisent que le Sénat est composé de 4 catégories de membres :

les sénateurs élus : 2 sénateurs/province élus parmi et par les conseillers communaux. Soit 34 sénateurs au total. Le parti au pouvoir ayant obtenu 64% aux communales, il peut espérer avoir 21 sièges des sénateurs élus.

3 sièges revenant d’office aux Batwa

4 anciens chefs d’Etat, tous issus de l’opposition

8 membres cooptés pour respecter les équilibres ethniques et du genre dictés par la constitution.

Un total de 49 Sénateurs.

On se demande alors, en toute honnête, pourquoi l’opposition est si consternée au point de décourager davantage son électorat et de perdre toute crédibilité alors que tout reste à jouer.

Les partis d’opposition ont du mal à s’entendre sur un leadership commun capable de faire du poids contre le candidat de la CELAT (coalition pour les élections libres, apaisées et transparentes) et il faudra attendre encore longtemps pour que les chefs des partis d’opposition parviennent à dépasser leurs ambitions personnelles pour un intérêt commun. Comme dans le maquis où il y avait plusieurs mouvements rebelles qui pourtant combattaient un même régime, les Présidents des partis d’opposition ont du mal à se mettre d’accord sur le partage de responsabilité pour être plus efficace.

Ce comportement a été longtemps exploité par le pouvoir de l’Uprona de l’indépendance à 2005 et pourrait en profiter encore aujourd’hui si ces partis d’opposition commettaient l’erreur de se retirer de la course électorale.

Il est temps que ces partis constatent qu’ils désorientent leur électorat :

1.La stratégie du double jeu : ils déclarent se retirer du processus mais de l’autre côté ils déposent leurs candidatures aux présidentielles

2.Ces partis devraient se mettre d’accord sur un seul candidat pour faire du poids dans la mobilisation des électeurs aux présidentiels contre le candidat de la mouvance présidentielle CELAT (coalition pour les élections libres, apaisées et transparentes), sinon ils seront encore déçus davantage.

3.Cesser de réclamer la démission de la CENI : La CENI est un organe indépendant de toute influence politique qu’elle soit du pouvoir comme de l’opposition. Tenter d’influencer la CENI dans un sens comme dans l’autre est antidémocratique. Le comportement de l’opposition est comme une équipe de football qui, après avoir encaissé 2 buts à zéro, refuserait de continuer le match en se disant que mieux vaut un forfait sans jouer que 6 buts à zéro en jouant. Dans tous les cas c’est du zéro but, zéro point. La différence est que pour un parti politique il risque de perdre définitivement leur électorat. Se retirer de la compétition, n’empêchera pas le tournoi de continuer.

4.Aucune loi au Burundi ne prescrit la participation aux élections. Il me semble donc tout à fait naturel que chaque parti puisse librement décider ne pas participer aux échéances électorales encore en cours sans devoir chercher des soutiens des autres partis. La seule prescription légale est le taux minimum de participation des électeurs au scrutin : Si le taux de participation au scrutin est d’au moins 45%, le scrutin est validé. Pour que le groupe d’opposition parvienne à faire annuler un scrutin, il faudrait convaincre plus de 55% des électeurs de boycotter le scrutin prochain des élections présidentielles. Ce qui est improbable à voir leur capacité de mobiliser les électeurs. A moins de créer des incidents majeurs comme notamment :

a.Retourner au maquis : Bien que disposant encore de quelques caches d’armes et une réserve d’anciens combattants démobilisés, il me semble improbable que Agathon soit en mesure retourner au maquis :

i.Agathon a vendu une grande partie de ses armes pour pouvoir financer son parti. Sinon d’où viennent ces fonds pour payer les loyers des permanences dans diverses provinces et communes et surtout de la permanence centrale du parti, qui à elle seule coûte une bagatelle 3.000.000Fr/mois.

ii.Ses alliances avec Buyoya l’ont éloigné de son électorat potentiel ;
iii.Il n’a plus de soutien populaire : avec 14% des suffrages, il s’est révélé être un tigre en carton ;

iv.L’échec de l’intégration de ses combattants dans les forces de l’ordre ainsi que l’élimination physique et systématique des rebelles handicapés ont découragé beaucoup de jeunes pour accepter de nouveau cette aventure ;

v.Une grande partie des officiers FNL ont été intégré dans l’armée et n’accepteront plus le maquis.

vi.Un maquis hétérogène composé d’anciens palipehutistes et de sans échecs est difficilement concevable

b.Faire la pression de la rue : si on analyse ailleurs où il y a eu des pressions de la rue efficaces, elles ont été spontanées. Ce qui jusqu’ici n’a pas eu lieu. Est pour cause : ailleurs on crie au voleur avant la fermeture des bureaux de vote et on fournit directement des preuves, ce qui révoltent la masse. L’opposition au Burundi par contre a du mal jusqu’à maintenant à fournir des preuves convaincantes de fraudes électorales. Si en 1993 il y a eu des villes mortes, c’était de connivence avec les des forces de l’ordre. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où les forces de l’ordre attendent tout fauteur de trouble de pieds ferme.

5.Aux regards des résultats des communales, seuls 4 partis pourraient prétendre avoir 5% des suffrages qui seront exprimés si on garde les proportions du scrutin passé : CNDD-FDD, FNL, UPRONA et le FRODEBU. Pourquoi alors les partis comme le MSD, L’UPD et le CNDD risqueraient-ils leur caution de 15.000.000Fr dans un vote où ils savent bien qu’ils n’arriveraient pas à la limite de 5%. Quels dividendes espèrent-ils tirer de ce pari ?

Se retirer de la course électorale est un jeu très risqué car son électorat sera récupéré par l’autre parti de l’opposition, ce qui aurait des répercussions certaines sur les élections législatives. On l’a vu dans le passé où les partis PP, PRP et PL avaient prêté main forte au FRODEBU dans la campagne présidentielle de 1993. Ils ne se sont jamais plus relevés. Cette peur de disparaître en acceptant le leadership d’un autre parti, expliquerait elle à elle seule le morcellement de l’opposition burundaise ?

Dans tous les cas, les partis d’opposition devront choisir entre une opposition forte ou disparaître de la scène politique. Espérons que le réflexe de survie saura intervenir au bon moment avant qu’il ne soit trop tard.

Séverin Ntirampeba,

Allemagne