"La candidature de Christine Lagarde est encore pire que celle de DSK" Source : Le Monde.fr

Par Alexandre Piquard

Aurélie Trouvé, 31 ans, a annoncé lundi 6 juin qu’elle se portait candidate à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. Cette maître de conférences en économie est coprésidente d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne), une organisation, née avec le mouvement altermondialiste.

Pour être soumise au vote, la candidature d’Aurélie Trouvé doit être présentée par un administrateur du FMI. Ce qui laisse peu de chance à cette candidature d’aboutir, d’autant que la représentante de la France au Fonds n’est autre que Christine Lagarde, actuelle ministre de l’économie et des finances, elle-même candidate à la succession de DSK. Aurélie Trouvé veut cependant profiter de cette occasion pour défendre les idées d’Attac.

Attac, au début, plaidait pour une suppression du FMI. Vous voulez maintenant le diriger : vous avez évolué ?

Non. Depuis le début, nous proposons une refondation totale du FMI et c’est le sens de ma candidature : nous voulons revoir les fondements et la gouvernance du FMI. Les fondements, c’est rompre avec la politique libérale qui impose depuis de nombreuses années des plans d’austérité drastique en échange des prêts accordés aux pays en difficulté.

Dans les années 80, cette politique s’appelait "ajustements structurels" et s’appliquait aux pays pauvres. De façon générale, dans les milieux économiques et politiques, on considère que cela a été un échec. Pourtant, c’est ce que le FMI applique aujourd’hui aux pays européens. C’est inefficace : par exemple, la dette de la Grèce a continué d’augmenter ces derniers mois, malgré les plans d’austérité. C’est aussi injuste : on fait payer la crise aux salariés, aux chômeurs et aux retraités, alors que les banques, elles, ont recommencé à augmenter leurs profits.

Dominique Strauss-Kahn n’a-t-il pas infléchi la politique du FMI vers moins de libéralisme ?

Non. Il suffit de regarder les faits. Avec DSK à la tête du FMI, les plans d’austérité ont repris de plus belle : en Hongrie, en Ukraine, au Portugal... Ce sont des baisses de salaires, des privatisations de services publics, des baisses des retraites... Avec Strauss-Kahn, la politique libérale du FMI a été confirmée, avec l’aide du G20.

Il y a quelques années, le FMI était en difficulté notamment parce que des pays en développement, comme l’Argentine, avaient remboursé le maximum de leur dette pour se libérer des plans d’austérité. Les pays riches l’ont renfloué et ont restauré sa capacité de prêt en réaugmentant les "droits de tirage spéciaux". Nous ne sommes pas contre les prêts du FMI, le problème, ce sont les conditions.

Si vous accordiez un prêt à un pays en difficulté, quelles conditions mettriez-vous ?

Il faut surtout arrêter les plans d’austérité. Et en parallèle mettre à contribution la finance et la réguler. Le problème c’est qu’on n’a pas demandé à la finance de contrepartie après la crise. On n’a rien résolu et une nouvelle crise reste possible.

Depuis sa création, Attac défend la taxe Tobin, un prélèvement sur les transactions financières suffisamment élevé pour juguler les transactions et financer des actions. Avec 0,05 % prélevé, on génèrerait des centaines de milliards d’euros qui manquent pour le social, la lutte contre la pauvreté et pour l’écologie.

Que pensez-vous de la candidature de Christine Lagarde au FMI ?

Elle appartient à un gouvernement qui est complètement dans cette logique de libéralisme et de régression sociale, on l’a vu sur les retraites par exemple. Ce gouvernement a refusé de porter une régulation financière forte, malgré les grands discours.

Quand l’Allemagne a proposé de porter une taxe sur les transactions financières au niveau européen, la France n’a pas saisi la balle au bond. Paris n’a défendu cette idée que dans un cadre dans lequel sa mise en oeuvre était impossible : au sein du G20, où l’on sait que les Etats-Unis, entre autres, y sont opposés. La candidature de Christine Lagarde au FMI est un très mauvais signe : c’est encore pire que celle de Dominique Strauss-Kahn.