“Rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance à des règles.” de Jean Cocteau (Poésie critique)

LE PASSE COMPOSE Par Régine Cirondeye, Ottawa, Canada

L E PASSE COMPOSE

Les années avancent, une à une, depuis que Melchior Ndadaye (1953-1993), le héros de la démocratie au Burundi nous a quitté, à 40 ans, dans des conditions catastrophiques et bien « à côté de la plaque ». Beaucoup d’encre a coulé et continue à couler sur ce crime sybarite, avec des détails plus morbides qu’avant. Et, hélas, les assassins ne possèdent toujours pas le pactole.

Loin de moi l’idée de raviver les plaies creusées plus en profondeur dans les cœurs et les âmes du Burundi par cette tragédie, c’est du passé composé. Nonobstant ...

Sans trace

Ces dernières années, une curiosité intellectuelle m’a suggéré de chercher les restes de son histoire aux fins de la création d’un musée, ou un lieu de requiem pouvant tout au moins étoffer la place et la plaque publiques érigées en son honneur à Bujumbura dans le palais où il a fait face à l’autre face de la démocratie avant sa mort.

Dans cette recherche, j’ai pu collaborer avec des personnes qui - sans devoir citer leurs noms - sous d’autres cieux, auraient sans doute des reliquats de son histoire.

Comme si je tombais du ciel, une dame de la famille de feu Melchior Ndadaye qui se reconnaitra dans cet écrit, m’a rappelé que le palais a brulé !!! Oui le palais présidentiel a brulé, calciné par les feux pluridirectionnels des blindés et autres armes lourdes. Comme si cela ne suffisait point, le palais fut ensuite vandalisé.

Aviez-vous pensé à ce que les cendres de cette résidence pourraient inclure ?
Non seulement cette place est sacrée, son cendre dispose aussi du pliage de l’ « Histoire » familiale de la famille Ndadaye. La génération future du Burundi et du monde n’aura fort probablement pas droit à leurs photos d’enfance et de famille, à leur album de mariage, à ses costumes, aux habits de fête et aux anciens bijoux de son épouse, pas droit de recycler les jouets de leurs enfants, de porter ses lunettes et lentilles, de relire les missives d’amour signé Melchior qui ont ébranlé le cœur de la belle Laurence, son épouse ou tout simplement le luxe de savourer sous l’ombre d’un palmier ses manuscrits inédits et j’en passe.

Une fois de plus, le passé si composé au Burundi nous a privé de ces trésors. Un étiage qui a nous a couté bien cher. Tout s’est envolé sans trace en une nuit, en quelques heures. Brulé, vandalisé, détruit à jamais.

Je ne me retire point dans la tente

J’ai un rêve. Et je continue de rêver. Je m’acharne à croire que si « impossible n’est pas français » , eh bien, impossible n’est pas Burundais.
Tout me suggère de ne pas jeter le manche après la cognée.
Si je pouvais inspirer qui de droit et qui que ce soit avec un rêve,
• Que le bureau (espace physique) de Melchior Ndadaye devienne un musée.

Je rêve qu’un jour le bureau de Melchior Ndadaye et son contenu (table, chaise, tiroirs, etc.) au siège actuel de Banque de Gestion et de Financement (BGF) soit fermé et désigné un lieu de pèlerinage. La BGF est actuellement implantée sur le siège de l’ancienne Meridian Bank Burundi (MBB).

Cette banque fut son dernier gagne-pain avant les élections qui l’ont propulsé au devant de la scène politique du Burundi.

Avec une volonté et un esprit patriotiques comme moteur et au nom de la démocratie, j’implore cette faveur de la BGF, gracieusement ou à des conditions à déterminer.
Est-ce demander une « semaine des quatre jeudis » ?

• A quand l’ouverture officielle d’un boulevard flambant neuf ou/et d’un édifice (le prochain palais présidentiel en construction par exemple) portant enfin le nom de Melchior Ndadaye dans la capitale sans cesse croissante du Burundi ou/et dans d’autres provinces du pays. Du vivant de ses descendants je suppose !.

• Quid de « la pièce » au camp Para, selon un rapport de l’ONU , où il a donné son dernier soupir ? Peut-on la visiter ? La décorer ? En faire une place exceptionnelle, symbole de « plus jamais ça » ?

De mes archives aux archives de l’Histoire

Mahatma Gandhi, un politicien indien a affirmé que “Happiness is when what you think, what you say, and what you do are in harmony”.
Je partage avec vous l’Histoire, un message inédit tiré de mes archives aux archives de la toile, un autographe de Melchior Ndadaye, sa calligraphie.
Lisez au-delà du message profond que contient ce passage paradisiaque signé à la main par Melchior Ndadaye, en Janvier 1993 sur un calendrier de son parti politique le Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU) :

« Madame Régine,
Avec toutes mes sympathies,
meilleurs vœux pour l’an-
née 1993, année de la
victoire de la démocratie
dans notre pays ».

Un trésor n’est-ce-pas ? J’y crois. Tous les droits sont réservés.
L’original appartiendra certainement un jour aux archives de l’Histoire du Burundi.

Jeunes générations, que son message de paix vous aide à distinguer les vessies des lanternes. N’avalez plus des couleuvres comme vos ancêtres.
Vous seuls avez votre destin en main. Bientôt, nous tous les adultes, nous incluant les politiciens seront jetés aux oubliettes. Vous serez là, debout, aux rennes du Burundi enfin nouveau. Vous serez là pour porter un toast.
Dites-vous, jeunes du Burundi que Winston Churchill avait probablement raison lorsqu’il a dit ceci : « History will be kind to me as for I intend to write it ».
Écrivez l’Histoire du Burundi comme nul autre adulte avant vous. Au futur simple. Très simple.

Un premier pas

Un auteur inconnu a déclaré que « le matin nous avons deux choix : se lever et poursuivre les rêves de la nuit passée ou alors retourner au lit et continuer de rêver ».

Je collectionne tout ce qui a trait à Feu Melchior Ndadaye : Récits politiques et apolitiques, écrits, photos, etc. La technologie actuelle aidant, je remettrai tous les originaux intacts.

Si vous voulez partager des trésors sur Melchior Ndadaye, veuillez communiquer avec moi reginecirondeye@hotmail.com

Pouvons-nous arrêter le temps de tous les clans, Juste une seconde, une minute ou une heure d’élan. Pour jouer la flûte assis sur des flans. En votre son honneur Ndadaye, sans faire le bilan. De la peine dans nos veines de merlans. Mais à compter nos palans, Nos chances de vous avoir coudoyé. Sur nos doigts, un à un rudoyé Par autant la friction de l’âge, Que la rage et l’écimage.

En attendant ce grand soir, je continue d’espérer, d’écrire et ….de rêver, ma seule toile de Pénélope.

Régine Cirondeye
Ottawa, Canada, Octobre 2012.
reginecirondeye@hotmail.com