Il faut sauver le pluralisme politique burundais

Il faut sauver le pluralisme politique burundais

Écrit par Antoine Kaburahe et publié sur www.iwacu-burundi.org

Samedi, 05 Juin 2010 17:11

KaburaheUn homme politique doit garder la tête froide, analyser, pousser plus loin la réflexion et ne pas se laisser guider par l’émotion. L’opposition conteste les résultats du scrutin, elle a tout à fait le droit. Mais elle doit crédibiliser son refus. Rapidement, l’opposition aurait dû mettre ensemble ses forces pour trouver les preuves attestant les fraudes « massives », compiler, monter un véritable dossier, un « contentieux électoral » à présenter au Burundais et au monde. Sur cette base juridique, il fallait montrer l’impact des irrégularités constatées. C’est dommage que ce travail n’ait pas été fait.

La politique de la chaise vide est-elle une bonne solution ? Ce n’est pas sûr. L’opposition devrait plutôt rester dans la course et exiger plus de professionnalisme et de rigueur de la part de la CENI comptable de plusieurs manquements graves : depuis la fabrication de ces bulletins de vote , dont une partie est commandée la veille du scrutin, au dispatching chaotique du matériel électoral et le comptage...

Loin de moi l’idée d’encenser la victoire du parti au pouvoir. Les forces étaient inégales et les méthodes pas toujours loyales. On sait par exemple l’usage éhonté des moyens de l’Etat durant la campagne, de l’argent, du parc automobile, de la radio et la télévision gouvernementale, etc. Mais les résultats sont là. La Communauté internationale soutiendra t-elle l’opposition dans la remise en cause du scrutin ? Là non plus, il ne faut guère se faire d’illusion. Elle entérinera les conclusions de la CENI ( c’est d’ailleurs déjà fait pour les communales).

A mon humble avis, laisser le champ libre au CNDD-FDD n’est pas une bonne stratégie. D’ailleurs, cette situation ne semble guère trop troubler un parti qui a toujours déclaré qu’il ne se sentait pas lié par Arusha, avec ses principes de dialogue et de consensus.

L ’opposition devrait comprendre que son devoir aujourd’hui est de sauver le pluralisme politique en restant dans la course. Les scores du FNL, du Frodebu, du MSD par exemple donnaient la possibilité à ces formations de pouvoir se battre à l’intérieur. Ces formations seraient minoritaires au Parlement direz-vous ?Oui, mais avec leur retrait c’est plus grave. Le CNDD-FDD sera bel et bien seul (ou avec quelques formations satellites pour la consommation extérieure.)

Il est donc impératif de sauver le pluralisme burundais. L’opposition a le devoir de rester dans la course et d’être plus vigilante et déterminée pour les scrutins à venir. Le retrait de l’opposition facilitera la tache au CNDD-FDD, que le monopartisme ne gêne pas. Et dans la sous-région ce ne sera pas un cas isolé. L’amitié entre le CNDD-FDD avec un Parti-Etat d’un pays voisin en dit long ...