“Rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance à des règles.” de Jean Cocteau (Poésie critique)

Hommage

Je suppose les avis multiples dans les milieux burundais, à la proposition du prince Charles Baranyanka, afin que s’organisent des funérailles nationales pour sa Majesté NTare V du Burundi-, occasion de funérailles concomitantes et d’un hommage officiel à toutes les victimes des massacres d’il y a ‘déjà !- quarante ans.

Par la force des choses, ou bien par mégarde, beaucoup auront comme moi attendu l’éclairage de cette intervention pour connaître des faits historiques de premier ordre comme l’est le désastre militaire survenu aux vingt mille guerriers sur la montagne de Ndago.

Comment ne pas adhérer à l’idée d’un hommage à un Chef d’Etat, dont aucun acte ne s’inscrit dans la méconnaissance de son peuple ou la trahison de son pays ? Son sort, scellé en tête de celui de centaines de milliers de ses compatriotes, appelle un même témoignage logique et symbolique que traduirait une oraison funèbre prononcée devant la nation tout entière. Mais, un Chef d’Etat a bien droit à un traitement distancié de celui réservé aux autres citoyens.

Cela étant, trois remarques me viennent à l’esprit :

1° La sépulture du roi n’appartient-elle pas à la nécropole qui, tradition oblige, a déjà reçu celles de ses ancêtres et prédécesseurs dès lors que leur inhumation avait lieu sur le territoire ?

2° Ils ont été certes massacrés les guerriers dont le sang baigna la montagne de Ndago, mais ils sont morts au combat posant un acte de bravoure parmi les plus glorieux des armées ancestrales. A leurs mérites et à eux seuls suffit une consécration publique de la nation, à la différence, je le crains, de ce que seraient les pleurs des familles endeuillées ou un cérémonial de port et levé de deuil, tel qu’il serait dédié par les barundi à « leurs » morts, qu’ils soient de 1972 ou des années ultérieures.

3° A l’issu d’une décolonisation menée sans panache, les crises politiques qui ont assailli le Burundi ont, à force de récidive, fini par provoquer la rupture des liens par lesquels la nation pouvait tenir ensemble. Or un large consensus me paraît indispensable, notamment pour répondre de manière adéquate à une exigence telle qu’un hommage national au roi Ntare V, ou aux autres victimes des massacres de 1972. Pourtant, un consensus ne saurait être atteint avant que ne soit levé le doute sur les affaires criminelles du glacis politique, affaires en dormance ou en procédures contestées. Sans compromettre l’œuvre de la Commission Justice et Pais en cours, jusqu’où la justice ira -t- elle dans la résolution de telles affaires avec en perspective la fin de l’impunité mais dans un but d’apaisement ?

L’initiative de Charles Baranyanka a le mérite d’exister, de s’inscrire dans une démarche explicite et équilibrée, tout en donnant naissance à un débat. Une commission ad hoc nommée par les pouvoirs publics semble un outil adapté à l’animation de ce débat avant l’étape décisive de son aboutissement au parlement.

Chacun trouvera ma réaction peu documentée. Elle ne vise qu’à mêler une voix au concert d’autres. Sachant qu’au Burundi même l’on saura mieux apprécier les priorités, il me semble que le pays a déjà franchi de grands obstacles sur le chemin de la paix, au point de ne plus être freiné par ceux que j’évoque ci avant.

Par Hilaire Barayiyaka