Gabon : Rose Francine Rogombe, Chef d’Etat par intérim

L’investiture de Rose Francine Rogombé, dans les fonctions de présidente intérimaire du Gabon, met fin à toutes les conjectures à propos de la succession de Bongo. La nouvelle présidente de la république a effectivement pris fonction hier 10 juin 2009 en fin de matinée après avoir prêté serment devant la Cour constitutionnelle, en présence d’un parterre d’officiels.

Elle a, tout au plus, 45 jours pour organiser une élection présidentielle, à laquelle elle ne pourra, du reste, prendre part. Ainsi, il n’y aura pas de hold-up à Libreville. Preuve que le clan Bongo veut effectuer un badigeonnage démocratique avant de prendre véritablement le pouvoir.

On espère que Rose pourra conduire à bon port sa barque, elle dont la feuille de route est toute tracée. Il ne s’agit pas, en effet, pour elle de venir lutter contre la corruption ou un quelconque autre fléau, mais essentiellement d’organiser une élection présidentielle transparente, démocratique et crédible.

On imagine bien qu’elle sera l’objet de toutes sortes de pressions. La question qu’on se pose est de savoir comment, en si peu de temps, elle pourra jouer à la trapéziste pour concilier, contenir et satisfaire les exigences diverses, parfois contraires, des forces politiques qui lorgnent et convoitent le fauteuil présidentiel.

A présent que la succession constitutionnelle est faite, une seule question titille et préoccupe les Gabonais et les observateurs de leur scène politique : qui sont les probables candidats à cette présidentielle ? On ne tardera pas à le savoir puisque, comme le loup, la soif du pouvoir les fera rapidement sortir du bois.

En attendant, par un jeu d’application mécanique des dispositions de la Constitution, le Gabon s’est offert hier une Rose pour 45 jours. Sa tâche est immense et le délai qui lui est imparti assez court. Sa marge de manœuvre est donc étroite et elle devra garder à l’esprit que si la rose est symbole de paix et de stabilité, elle est aussi le signe de l’éphémère.

A elle de travailler pour que l’après-transition ne soit pas l’enfer pour son pays. A ce propos, toute la classe politique gabonaise est interpellée. Dans tous les cas, cette succession constitutionnelle éloigne, du moins pour l’instant, le spectre du clash de « l’émirat pétrolier africain ».

Nous disons bien pour l’instant, car le respect de la Constitution n’est pas toujours suffisant pour garantir la paix dans un pays. L’histoire de la Côte d’Ivoire est là pour nous le rappeler. Le dauphin constitutionnel, Henri Konan Bédié, avait assuré l’intérim de la présidence mais on sait tous comment les choses ont, par la suite, dégénéré.

La paix au Gabon est d’abord l’affaire des Gabonais. Eux seuls peuvent véritablement la garantir en se glissant dans la peau de démocrates et donc en se soumettant au verdict des urnes. Cela suppose, en amont, que l’élection soit irréprochable. C’est pour cela qu’il vaut mieux rester prudent et savoir raison garder tout en faisant preuve de sens de la mesure en toute chose et en toute circonstance.

La communauté internationale aussi devra jouer son rôle d’accompagnateur. Quant à la France, plus que jamais, elle a un devoir de réserve, car toute ingérence de sa part dans la scène politique, et surtout, dans le choix du futur président, ne serait pas gage de lendemains meilleurs pour le Gabon.

San Evariste Barro de l’Observteur

Source : www.continentalnews.fr