Nadine m’a dit

Deuxième arrêt : Bujumbura, 1972. Sous le signe de la tragédie Une femme dans les flammes. Deuxième partie

Arrive la journée fatidique du 29 avril. Pourriez-vous nous raconter en détails ce qui vous est arrivé en conduisant votre mari et Arthémon Rwatambara au mess des officiers ?

JPEG - 2.5 Mo
En famille à Gisozi
Famille Bazombanza à Gisozi

Patrice et Arthémon étaient allés le matin de ce samedi 29 avril conduire le matériel et l’installer en vue de la soirée. Comme chaque fois, une soirée et surtout celle-là devait être bien préparée et une répétition s’imposait avant de la commencer. Donc il était prévu que je les conduise au Mess vers 19 h 30, que je revienne ensuite à la maison afin de me préparer et m’occuper des enfants, puis je devais retourner assister à cette soirée vers 21 h 30.
Nous sommes donc partis à trois en direction du mess, je conduisais la voiture, Patrice était devant côté passager et Arthémon derrière Patrice. Arrivés sur le boulevard dela Cathédrale, un peu avant la route qui menait au mess, nous apercevons des gens sur la route qui font de grands signes. Pensant à un accident je m’arrête à leur hauteur, mais tout de suite nous nous rendons compte que ce n’est pas normal. Entretemps l’un d’eux ouvre ma portière et d’autres sont déjà entrain de casser les vitres de la voiture côté passagers et jeter des pierres sur la voiture. J’entends Patrice crier « démarre , démarre », dans un réflexe sans doute de survie et aussi parce que le type qui a ouvert ma portière marque un temps d’arrêt , je reclaque ma portière et ferme la sécurité de l’intérieur et je démarre en trombe au milieu des jets de pierre et des coups sur la voiture. Nous saurons plus tard, que l’hésitation du type devant moi était due au fait qu’on leur avait donné l’ordre de ne pas toucher aux blancs. Par contre Patrice apprendra le lendemain qu’à cet endroit des gens ont été massacrés à coups de machettes et de pierres. Ce n’est donc que le lendemain que nous avons réalisé que nous avions vu la mort de très près.

Vous avez évoqué un élément crucial de cette attaque, à savoir que les assaillants ne parlent pas kirundi. Pourquoi ce détail vous a-t-il frappée ?

Oui je peux l’affirmer, les gens qui nous ont attaqués ne parlaient pas le kirundi ou le swahili, même si je ne parlais pas la langue, je savais parfaitement les reconnaître car j’étais habituée à les entendre tous les jours.

Après cette attaque, le cœur battant, vous vous êtes dirigés vers un commissariat de police pour rapporter les faits. La réaction des policiers, qui minimisent l’incident, vous étonne. Racontez-nous comment cela s’est passé ?

Sur le moment j’ai roulé droit devant moi jusqu’à la Cathédrale Regina Mundi, et là j’ai commencé à trembler. Je me suis arrêtée et Patrice a repris le volant, à ce moment là nous étions toujours persuadés que c’était une bande de voleurs qui nous avaient attaqués. Patrice s’est donc dirigé vers la Commissariat pour les prévenir de l’attaque que nous venions de subir. Là, à la grille se tient un militaire qui n’est autre qu’un des officiers qui ont contacté Patrice pour la soirée et qui lui dit que ce ne sont pas des bandits, mais des groupes qui attaquent la ville. De ne pas rentrer chez nous et traverser la ville, mais de rester dans un quartier. Bien entendu il n’est pas question pour nous de suivre ces conseils. Nous reconduisons Arthémon toujours terrifié chez lui, puis nous rentrons à la maison, sans rien voir d’autre finalement. Nous mettons la voiture au garage après avoir constaté les dégâts : vitres cassées, bosses sur le capot, le coffre, les portières.

Puis Patrice pense qu’il doit prévenir le Mess de cet événement et que la soirée risque d’être compromise. Il est évident que même à ce moment là, Patrice ne réalise pas ce qui se passe réellement. Comme nous n’avons pas le téléphone chez nous, il va chez le voisin et lui demande pour pouvoir téléphoner après lui avoir raconté notre mésaventure. Le téléphone est coupé, donc impossible de joindre qui que ce soit. C’est alors que ce voisin nous dit que ce sont sûrement des mercenaires qui attaquent, qu’ils sont entraînés en Tanzanie dans des camps financés par Arthémon Simbananiye et ravitalliés en armes, munitions, etc.(je rappellerai qu’Arthémon Simbananiye a fait ses études en France, et qu’il est toujours en relation avec la France, d’ailleurs il sera reçu à l’Elysée quelques temps plus tard, et j’en ai été écoeurée). Nous tombons de très haut et nous rentrons chez nous où dorment nos enfants avec la fille qui s’occupe d’eux.

Qu’est-ce qui se passe à Bujumbura dans les jours qui suivent ? Avez-vous établi des liens entre ce qui est arrivé à Bujumbura et les attaques survenues dans le sud du pays ?

Le lendemain, après une nuit très agitée où nous n’avons pas trouvé vraiment le sommeil, et des allées et venues de voitures militaires, Patrice décide d’aller à pied voir en ville s’il y a des échos de ce qui s’est passé. Il revient quelques minutes plus tard, je le vois encore arriver, bouleversé, il s’assoit et me dit que c’est horrible. Il est allé seulement jusqu’à la clinique Rwagasore, et là il a vu partout des gens blessés à coups de machettes, que c’est horrible. A la radio, je ne sais plus trop ce qui se dit, un couvre feu est instauré à 18 h, que des attaques ont eu lieu, etc. mais il n’est pas fait mention de mercenaires. Pourtant des témoignages de gens qui étaient en ville ce samedi dans la journée font état, que dès le matin, ils ont vu des groupes d’hommes étrangers arriver dans Bujumbura, qu’au fil de la journée ils ont bu et vraisemblablement se sont drogués. Ce qui expliquerait qu’ils ont finalement désobéi aux ordres donnés. L’attaque devait avoir lieu plus tard dans la soirée, seulement ils étaient dans un tel état d’excitation que les chefs n’ont pas réussi à les encadrer et ils ont attaqués avant l’heure. Là nous disons merci car ça nous a permis d’être en vie alors que s’ils avaient attaqué au Mess, nous n’aurions pas pu nous échapper. Néanmoins, les informations restent à sens unique et il est très difficile de faire la part des choses.

Très vite chaque région est isolée et il faut des laisser-passer pour circuler de l’une à l’autre. En fait nous n’entendons pas parler spécialement à l’époque de l’attaque à Bururi. Je n’ai pas ce souvenir, ce la arrivera plus tard et il est bien difficile de savoir de quelle ampleur elle était. Donc nous n’établissons pour notre part aucun parallèle.

Quand ma belle sœur Oliva , institutrice à Bururi avec 5 autres amies, est ramenée à la maison, après avoir échappé à la mort, seule rescapée des militaires qui se sont acharnés sur les autres 5 jeunes filles, elle ne parle pas non plus de cette attaque qui aurait eu lieu, où des hutus auraient tué des tutsis. J’ai su par après, bien plus tard que des tutsis avaient bien été tués par des hutus, mais quand exactement, je l’ignore et était-ce bien à Bururi même.
Dans les jours qui ont suivi, nous avons repris le travail avec un sentiment de malaise évidemment. Puis sont venues les disparitions journalières. Chez nous déjà, le gardien de nuit, payé par Metalusa n’est pas réapparu, puis ce fut le boy. Au travail tous les matins nous pouvions constater qu’il manquait des gens à l’appel. Surtout à la Metalusa, où il y avait beaucoup d’ouvriers, tous les jours des OPJ et des militaires venaient en chercher et on ne les revoyait plus. Ce qui révoltait Patrice au plus haut point. C’était à Arthémon Rwatambara (chef du personnel) qu’on faisait appel pour aller chercher les ouvriers et cette remarque est importante pour la suite. Je me souviens d’un jeune cadre, Joachim, originaire du Nord du pays, qui était responsable du département matériaux de construction qui n’est plus venu un matin, on ne l’a jamais revu non plus. A côté de cela, il y avait à la Hatton un rwandais, petit et tout mince réfugié tutsi, qui avait l’air de jubiler. C’était frappant car il travaillait à l’entrée des bureaux, chargé aussi de faire le thé et de nous le servir et autant il était affable, même à faire des courbettes à ma collègue et au patron, autant avec moi, je voyais qu’il avait du mal à accepter mes ordres et avait toujours un air méprisant. J’ai mieux compris après pourquoi. Ce type devait avoir une haine des hutus, ça se voyait vraiment et il était ravi de ce qui leur arrivait.

Le 19 mai, Patrice Bazombanza part au travail avec, comme à l’accoutumée, Arthémon Rwantabara. Et il ne reviendra plus. Quelles sont les circonstances de son arrestations et quelle a été la réaction d’Arthémon Rwantabara ?

Il n’y a pas eu d’arrestation. Pour une arrestation il fallait un mandat d’arrêt et la radio diffusait depuis plusieurs jours un communiqué comme quoi, aucun responsable militaire ou autre, ou OPJ ne pouvait arrêter et emmener quelqu’un « en prison » sans avoir un mandat d’arrêt. On voulait croire à cela bien sûr et ça rassurait les gens quelque part. Ce mandat devait être signé par le directeur de la PJ qui était originaire de la région de Patrice. Nous étions allé lui rendre visite peu de temps avant car il venait d’avoir un petit garçon. C’est pourquoi dès que j’ai su que Patrice était disparu je suis allée m’adresser à lui fin de matinée de ce vendredi et il n’a pas cru à cette disparition tout de suite car comme il m’a répondu « que bien entendu il n’avait signé aucun mandat d’arrêt contre Patrice, que jamais il n’aurait fait cela connaissant bien Patrice » mais qu’il allait chercher après les gens avec qui Patrice était parti (Arthémon m’avait donné le nom du gradé).

Voilà le déroulement des faits.
Le matin Patrice part au travail, comme tous les matins, les enfants et moi sommes sur la terrasse pour le regarder partir et lui faire signe, malgré l’heure.
Il prend Arthémon chez lui comme tous les jours, (à noter également qu’il habite chez des cousins militaires de leur état), car celui-ci n’ayant pas de voiture, c’est toujours Patrice qui le véhicule pour tout. Patrice gagne l’atelier où il change de vêtements et endosse sa combinaison de travail, préférable à cause de la graisse environnante. Il laisse donc dans la poche de sa chemise, sa chaine avec son alliance et les clés de la voiture. Pendant ce temps Arthémon gagne son bureau en tant que chef du personnel.

A 8 h arrive une voiture de la PJ avec deux personnes à bord. Si on réfléchit bien, c’est carrément un officier, nommé Grégoire Kabunda (je crois ) qui en descend (un grand chef qui vient pour des ouvriers, cela est bizarre si c’est bien le but). Il dit les noms des ouvriers et là on cherche le chef du personnel car ils sont entrain de travailler à l’aéroport. Et voilà que le chef du personnel pourtant présent dans l’établissement est introuvable. Du coup, bien entendu le directeur (un belge qui a peur de son ombre) appelle Patrice et c’est Patrice qui part avec ces OPJ, Patrice les salue d’ailleurs car il les connaît un peu. Rony, le fils de Madame Delcroix, dont j’ai déjà parlé, n’aime pas cela du tout et surveille le retour de Patrice avec anxiété. Enfin vers 10 h, n’y tenant plus car Patrice n’était toujours pas réapparu, il appelle son épouse, donc ma collègue pour lui dire de me prévenir et que je dois réagir immédiatement, qu’il se passe quelque chose de grave. Ce qu’elle fait, et elle prévient aussi tout de suite notre patron qui lui n’a pas peur de son ombre et réagit en appellant immédiatement l’ambassadeur de France pour le prévenir de ce qui se passe. Lui même étant consul de Suède le connaît très bien.

De mon côté je cherche à qui m’adresser et je pense donc à Pierre, directeur de la sureté et dirigeant les OPJ, seul habilité à faire des mandats d’arrêt, mais de toute façon officiellement Patrice était parti avec eux uniquement pour chercher des ouvriers et en l’absence inexpliquée d’Arthémon et ils devaient le redéposer en revenant de l’aéroport. Je ne sais toujours pas à ce jour, où était Arthémon à ce moment là d’ailleurs. Je me rends ensuite à la Metalusa car mon patron met tout de suite à ma disposition sa voiture et son chauffeur personnel par sécurité. Lui se doutant bien que Patrice était en grand danger, sans savoir la suite, moi je ne sais pas trop, mais en tout cas je ne pensais pas qu’il pouvait se faire assassiner. Pour moi c’était impossible, n’ayant rien à se reprocher.

Vous avez à deux reprises, confronté Arthémon Rwatambara. La première fois, il a lâché le nom d’un certain Gregoire Kabunda, comme étant l’homme qui a arrêté Patrice. Racontez-nous les circonstances de cet aveu .

Donc j’arrive à la Metalusa, Rony très inquiet, le directeur ennuyé, mais pas d’Arthémon, je suis obligée de le faire appeler et d’attendre qu’il vienne avec un air complétement abasourdi et pas du tout envie de m’aider. C’est ce qui choque tout le monde dans cette société. Patrice étant très sévère dans le travail, mais très bon par contre avec ses ouvriers, leur payant régulièrement de quoi manger et boire quand il savait qu’ils n’avaient pas forcément les moyens, tous sont catastrophés. Sans doute aussi au fond d’eux mêmes de voir le peu de volonté d’Arthémon à me venir en aide, lui qui connaît bien les OPJ et un certain nombre de militaire, qui est cousin de certains hauts placés, c’est vraiment incroyable et en plus étant donné tout ce que Patrice a fait pour lui.
Je récupère notre voiture et les vêtements de Patrice, par après je serais contente d’avoir pu récupérer son alliance et sa chaine qu’il portait autour du cou, sauf pour le travail où il risquait de les accrocher.
Enfin et réfléchissez bien, il n’était pas là quand ces types sont venus, mais il finit par me dire leur nom, d’où le savait-il ? A partir de là, je peux communiquer ce nom à Pierre, il a beau les chercher, il ne les trouve pas et comme c’est le vendredi de Pentecôté, eh bien la journée se passe et ces deux là ne sont toujours pas réapparus.
Par la suite je reverrai une seule fois Arthémon à Bujumbura car pas une fois il n’est venu chez moi aux nouvelles, encore moins pour essayer de m’aider. C’était peu de temps avant mon retour en France, j’étais au Cercle Nautique avec mes enfants, ma belle sœur et la fille qui les soignait et là il était assis à une table avec des militaires. Il s’est trouvé très gêné, mais n’a pas fait un pas. Par contre mes deux plus grands fils l’ayant vu, se sont précipités vers lui , tout heureux de le voir et j’ai dû leur interdire d’y aller. Je leur ai expliqué à quelques pas de lui qu’ils ne devaient plus le regarder car il était méchant et ne nous aidait pas. Je crois qu’il a été très soulagé de nous voir partir.
A noter également que Michel ne s’est pas manifesté non plus, pas une seule fois. Mais étant donné l’argent qu’il nous devait, il est fort à penser qu’il a eu peur que je lui réclame. C’était mal me connaître car d’ailleurs je n’en connaissais pas le montant exact et ensuite j’estimais que c’était à lui de venir par honnêteté me le rendre. En plus et là c’est ce qui m’a le plus révoltée, il avait en sa possession une guitare de Patrice en bois, qui était un cadeau de mon frère, et quelques temps après mon retour, j’ai appris qu’il l’avait vendue. Un autre fait : quand j’ai pris la valise de Patrice où étaient rangés tous ses 33 tours, une véritable collection qu’il serait formidable pour ses fils d’avoir maintenant, eh bien la valise était vide. J’ai donc supposé que Patrice avait emmené ses disques dans le local de l’OCAF et qu’ils y étaient restés. Et là encore j’ai appris que Michel avait revendu ces disques. Il y en avait une centaine au moins. Je n’ai pas osé croire qu’il ait pris ces disques lui-même à la maison, connaissant parfaitement leur existence. Cela ne lui a pas porté chance car il a continué de mener cette vie, dépensant plus qu’il ne gagnait, il a fondé une famille, malheureusement pour sa femme et il est décédé très tôt, laissant sa famille dans le besoin.

À la deuxième occasion, vous avez confronté Arthémon Rwantabara en Belgique, en présence et avec la complicité de ses enfants. Il s’est muré dans le silence. Parlez-nous de cette deuxième confrontation.

Oui, j’ai parlé que Thomas était revenu se réinstaller à Tournai auprès de sa famille, il avait retrouvé un travail dans un garage jusqu’à sa retraite. Thomas et sa famille, connaissaient bien les enfants d’Arthémon, qui habitent toujours la région de Tournai ainsi que son ex-femme. Ils étaient donc toujours en relation, surtout avec la garçon d’Arthémon qui est vraiment très gentil et bien.
Donc Thomas avait été prévenu qu’Arthémon devait venir en Belgique voir ses enfants, je crois que c’était la première fois qu’il allait les revoir depuis son départ, alors qu’ils étaient tout petits.
Thomas m’a appelée pour me prévenir et ils ont organisé une soirée dans un café de Tournai, où il y avait Thomas, sa femme, le fils d’Arthémon et Arthémon entre autres. Je suis donc arrivée avec Thomas et Edith et quand il m’a vue, il s’est senti très géné. Un mur devant moi. A un moment de la soirée, Thomas s’est arrangé pour que je puisse lui parler. Je lui ai posé des questions et il m’a toujours répondu qu’il ne savait rien. Il a gardé cette attitude jusqu’à mon départ. Par la suite quand j’ai revu Thomas et Edith, ils m’ont raconté que déjà ils lui avaient posé des questions et qu’ils n’y avait pas répondu, qu’il a toujours dit qu’il ne savait rien et même avec son fils qui a essayé de son côté, il a réagi de la même façon. C’est un mur muet.
Il se trouve qu’au Burundi, il a la même attitude. En fait il est le cousin de l’ami proche que Patrice avait et avec qui il allait au foot notamment et c’est comme cela que Patrice a connu cet ami qui est finalement devenu beaucoup plus proche de Patrice que de lui, et moi de sa femme.
J’ai su qu’après mon départ il avait demandé à habiter dans notre maison, ce qui lui a été refusé bien entendu. De toute façon il n’était pas cadre et n’avait pas droit à une maison louée pour lui. Preuve qu’il n’est vraiment pas fier, comment a-t-il pu rester travailler dans cette société où tout le monde sait comment il s’est comporté et le condamne. Il continue de vivre et c’est tout. Il communique très peu avec les autres et en société il ne parle pas.

Vous avez eu aussi l’occasion de confronter Grégoire Kabunda, sur votre lieu de travail, à la Hatton & Cookson. Racontez-nous cette rencontre.

Oui, j’avais donné son nom autour de moi, ne le connaissant pas , je ne savais pas à quoi il pouvait ressembler. Un jour le comptable de la Hatton, un rwandais, vient me voir dans mon bureau et me dit « Madame vous vouliez savoir qui était G. Kabunda, eh bien il est là dans le hall d’exposition des matériaux de construction ». Sans un mot, je suis alors sortie de mon bureau, avec je ne sais quel regard, je suis allée droit devant moi vers ce type. Heureusement, la salle était grande et il était à l’autre bout, et à un moment j’ai pensé aux enfants qui étaient à la maison avec leur nounou et sous la garde de ma voisine et j’ai réalisé le danger que je courrais si j’intervenais. Je ne sais même pas ce que je m’apprêtais à faire car j’étais dans un état un peu second. J’ai continue néanmoins, je l’ai vu me regarder arriver sur lui en se demandant sans doute ce que je lui voulais et je me suis arrêtée quasi contre lui, je l’ai fixé dans les yeux sans un mot, il est resté sur place et puis j’ai fait demi tour et je suis retournée m’asseoir à mon bureau. Je crois que si j’avais eu une arme j’aurai tiré, je suis certaine aussi que l’envie de meurtre s’est lue dans mes yeux. Je n’ai pas eu envie de lui demander ce qu’il avait fait de mon mari à ce moment là, non j’ai eu envie de le tuer tout simplement.
Le comptable est venu me voir tout de suite après et m’a dit « Madame je regrette de vous avoir dit que c’était lui, j’ai cru que vous alliez l’attaquer , vous m’avez vraiment fait peur »
Je sais que j’ai un regard terrible parfois et sans doute que ce jour là, ça devait être au plus haut point.

Lundi 22 août : troisième partie