Decès de Mr Murengerantwari Joseph et Hommage de Dr Misigaro Joseph

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Hommage présenté par le Docteur MISIGARO Joseph, à l’ occasion des funérailles de feu Monsieur MURENGERANTWARI Joseph.

Excellence M. l’Ambassadeur,

Chers amis,

chers compatriotes,

Mesdames,

et Messieurs,

Nous sommes réunis pour rendre un dernier hommage à M. MURENGERANTWARI Joseph décédé inopinément ce 31 mai 2009 au matin.

Pour commencer, je présente en votre nom à tous nos condoléances les plus sincères à sa famille : à son épouse ; à ses enfants ; et à ses petits enfants.

Né au Burundi, en novembre en 1943 à BUZIRACANDA en province de MURAMVIYA, il a perdu son père à l’âge de deux ans. A 7 ans, il fréquente l’école primaire de KIGANDA.
Nos chemins se sont croisés en septembre 1958 quand il monta dans le bus de rentrée scolaire au Collège Saint-Esprit.

Je le vis alors grandir, et devenir un garçon fort, sportif, et aimable, dont les petits appréciaient la bienveillance et la protection. On l’appelait : « Ga force » !
Grand sportif, il a fréquenté les terrains de football, et de basket.
Là, il avait une idole incomparable auquel ni lui ni les autres ne pouvaient se mesurer.
J’évoque ici Charles KAROLERO, le modèle qu’il aimait et admirait.
MURENGERANTWARI Joseph arriva en 1964 en Belgique. Il fréquente l’Ecole Des Cadets, puis la Faculté Polytechnique de Mons.

En 1967, je le retrouve à Mons, entouré de jeunes burundais qui, manifestement appréciaient sa compagnie, et son leadership.

En 1969, nous avons vécu ensemble le drame de l’arrestation injuste, de la condamnation inique, et sans procès, de l’exécution froide, et programmée, des officiers et militaires, et de nombreux civils Hutu, dont certains tel KAROLERO Charles, BAZAYUWUNDI Mathias, KATARIHO Nicodème , et le Dr. HENEHENE Cyprien que certains d’entre nous ont bien connu.

Ce fait politique est vécu comme un véritable déchirement pour ceux qui les ont connus, et aimés.

Pour MURENGERANTWARI Joseph se fut pire !

Il me semble qu’il ressentit l’anéantissement de son modèle comme son propre anéantissement.

Malgré le chagrin, et la colère, il n’a pas baissé les bras.
Mais avant d’avoir surmonté ce choc, nous avons dû subir le génocide des Hutu de 1972, organisé par le même pouvoir de MICOMBERO.

De l’abattement à la prostration, nous sommes passés ensuite à la mobilisation, et à l’enthousiasme d’aller aider et encadrer les réfugiés, puis devant le manque de résultats palpables, à la déception, et même à l’indifférence.

Quant à MURENGERANTWARI Joseph, en plus de ses sentiments contradictoires, il restait soucieux du devenir de la famille KAROLERO, tout comme François SIMUTOYA l’avait été avant d’être emporté par le Génocide de 1972.

Il repartit en Afrique, et leur proposa un projet de vie familiale concrétisé par le mariage en 1975.

Revenu en Europe, il les entoura de son amour, et de toutes les attentions. La réussite de cette action, est évidente, visible et heureuse à constater.

Bien sur tout cela ne fut possible que grâce au dévouement, à l’affection et l’Amour dont l’entoura son épouse Françoise. Il s eurent la joie de voir naître deux autres enfants, de les voir grandir, trouver des fiancés, se marier, et leur présenter leurs petits enfants.

Pour conclure, je peux dire que c’est un Epoux, un Père, un Grand Père comblé qui nous quitte.

Il est mort entouré, de l’affection, et de l’attention de toute sa famille : son épouse, ses six enfants, ses neufs petits enfants qui ont veillé sur lui durant sa très longue, et pénible maladie.

Monsieur MURUNGERANTWARI tu nous laisses un grand vide, dans nos cœurs, dans ta famille, et dans la Communauté burundaise.

Compagnon, et ami fidèle, tu appréciais la fête, et tu avais un sens de l’accueil et partage fraternel sans pareil.

Dans la vie, comme dans la maladie, MURENGERANTWARI, était un homme debout, combatif, déterminé qui ne se laissait jamais abattre par aucune difficulté.

C’est cet homme debout, qui un jour de 1980, reçut un message d’un ami que devant le désespoir, et l’abandon qu’il constate dans les camps des réfugiés, lui annonça qu’il avait fondé avec d’autres compatriotes un parti pour rendre sa dignité à ce peuple abandonné. C’était Feu GAHUTU Rémi, le Président fondateur du Parti pour la Libération du Peuple Hutu, le PALIPEHUTU.

Après mures réflexions, et la consultation de divers amis, MURENGERANTWARI accepta la mission non sans appréhension. Nul ne peut dire si cette mission est terminée, mais cet Homme debout s’est levé pour que d’autres hommes se lèvent, restent debout et retrouvent leur dignité.

Espérons que cet héritage ne sera pas dilapidé. Ce serait le meilleur hommage à lui rendre.

Cher MURENGERANTWARI Joseph repose en paix et que la terre te soit légère !

Par Dr Misigaro Joseph.