Choses vues. Le Burundi de A à Z après une parenthèse canadienne de 16 ans . Hier tout était ruine et deuil. Aujourd’hui le pays relève la tête. Et se surprend à rêver à des lendemains qui chantent

"C’est cool ici. Tu devrais demander un emploi pour qu’on reste ici.’’ Et quand l’avion a décollé et que l’heure du retour a sonné, elle a éclaté en sanglot.
Du haut de ses 7 ans, ma petite dernière a ressenti dans ses tripes l’émotion du retour au pays natal. En vous proposant ces billets journalistiques, sans aucune prétention, je pense à cet enfant, née au Canada, mais qui s’est senti tellement burundaise, même et surtout quand elle a foulé le sol de ma modeste colline natale. Bien au-delà du confort de la capitale burundaise...

Une vue de la ville de Bujumbura, à partir de Mutanga Nord Une vue de la Ville de Gitega, avec la cathédrale Christ Roi de Mushasha en arrière-fond Mu Batwa : une école professionnelle construite pour les Batwa à Mushasha. Projet de l'Abbé Herman Harakandi Nous sommes les hommes de la danse dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur, disait Senghor. Ici Alain-Raoul Cishahayo se joint spontanément au groupe de tambourinaires de Saga Plage à Bujumbura et … réussit son examen de passage. Bravo l'artiste !

’J’écrirai ces billets à la première personne. Ils n’engageront donc que votre humble serviteur, c’est-à dire moi-même. J’y parlerai du Burundi tel que je l’ai (re)vu, de mes propres yeux (re)vu, ce qui s’appelle (re)vu, pour paraphraser Molière.

Certains de ces billets seront placés sous le signe de la gravité, d’autres seront plutôt humoristiques. J’éviterai aussi, autant que faire se peut, ce ton misérabiliste de la presse occidentale et ce parti-pris pour la démolition systématique que l’on retrouve dans certains médias burundais, dont on a l’impression qu’ils constituent un immense parti d’opposition.

Antoine de Saint-Exupéry disait qu’on ne voit bien qu’avec le coeur, que l’essentiel est invisible pour les yeux. J’essayerai de regarder ce pays mien que j’ai retrouvé après 16 ans d’absence, avec les yeux du coeur. En espérant que les lecteurs adopteront la même façon de regarder quand ils aborderont ces billets

Le Burundi de A à Z. A comme ancêtre, comme ce chimpanzé du musée vivant de Bujumbura, qui, me voyant photographier ses frères, m’a arraché mon appareil photo pour nous photographier, nous les humains. A comme Armée, cette Grande Muette qui, après avoir tellement fait de mal, tente fébrilement de se réconcilier avec le peuple. Z comme le zèle imbécile de cette employée burundaise de la compagnie Ethiopian Airlines, qui nous a fait perdre du temps dans l’aéroport, s’acharnant à vérifier l’authenticité de nos passeports, s’enquérant de nos besoins en visas d’entrée en Italie - cela devrait être partie de sa formation. Elle était soucieuse de protéger le continent européen contre des invasions barbares, comme ce policier français qui m’embêtait à Paris au début de juin ou cet autre, allemand, qui embêtait à Francfort un ami burundais en partance pour les États-Unis où il est légalement établi.

Je m’arrêterai à la lettre P. P comme dans Paix. Paix des collines, des quartiers, même si la paix des ventres n’est pas encore là, l’économie du pays peinant à se relever. P comme dans police, omniprésente, constamment diabolisée, mais symbole de changement : à notre requête, elle est venue chez nous assurer la sécurité de notre cérémonie en mémoire d’un père fusillée par l’armée, en cette année terrible 1993. Ceux qui hier assuraient notre insécurité assurent maintenant la sécurité, malgré les bavures dont se repaissent ceux qui semblent oublier d’où nous venons...

Au-delà de ces billets, je vous proposerai un reportage et une entrevue. Reportage sur le réseau Saga (Saga Résidence, Saga plage Saga Nyanza) en espérant que cette belle initiative fera des petits. J’insiste pour dire qu’il ne s’agit pas d’un publireportage, que l’initiative est mienne, qu’aucune rémunération ne fut donnée pour réaliser l’article qui porte sur le réseau Saga.
Sage m’a séduit parce qu’il vante et vend ce que nous avons de plus cher : la beauté de ce petit diamant, logé au coeur de l’Afrique,et caressé par le vent du Tanganika. Saga est une initiative qui illustre que, malgré la guerre et ses ravages, des Burundais ont continué à croire à notre pays et à son potentiel.

Je vous proposerai aussi une entrevue avec le premier universitaire twa de la République du Burundi, qu’il m’a été donné de rencontrer chez un ami commun, qui voudra bien trouver ici l’expression de ma gratitude pour l’accueil princier qui’il nous a réservé.

Fais du feu dans la cheminée je reviens chez nous... chantait la charmante Nana Mouskouri dans une chanson célèbre. Revenir chez soi, admirer ces paysages que l’on trouvait banals du temps où on vivait au pays, regarder avec émerveillement ces montagnes qui, bien plus que les Rocheuses canadiennes ou américaines que j’ai eu le bonheur d’admirer en 2007, m’arrachent des larmes d’attendrissement. Revenir chez soi et, oublier les échos des coups de feu, les cris de ceux que l’on fusille, oublier le bruit et la fureur de la guerre de 15 ans et dire à ce pays « warapfunye ntiwapfuye, warahabishijwe ntiwahababuka ».

Meurtri tu as été,
Malmené, Serein tu es demeuré

Je dédie ce texte et ces billets à Willy Muryango, que j’avais laissé enfant quand j’ai quitté le Burundi. Willy, aucun livre d’histoire ne parlera de toi. Ton père m’a raconté comment tu l’as accompagné sur les chemins de la liberté, comment tu as sacrifié ta vie dans la résistance contre l’oppression. Tu as perdu la vie à Bururi : tu avais un rêve dans la tête et une arme à la main`pour que ce rêve devienne réalité. Je te dédie ces billets pour te dire que grâce à toi et à ton sacrifice, j’ai pu revoir mon pays et ce qui me reste de famille. Que la terre burundaise, que tu as contribué à pacifier, te soit légère.

Fabien Cishahayo
Montréal, 25 juillet 2009