Burundi : la campagne électorale ruine les militants

3 |

Le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, n’est cependant pas inquiet pour ses finances. Gloriose Berahino, chargée de la communication de ce parti, affirme que, selon les activités organisées, les militants peuvent être appelés à donner tout leur salaire du mois. Un devoir pour tout adhérent…

Burundi : la campagne électorale ruine les militants

Syfia Grands Lacs/Burundi, 25-03-2010. La fièvre des élections bat déjà son plein au Burundi. Les militants des partis politiques se ruinent pour être de toutes les réunions espérant des postes par la suite. Ils sont aussi contraints de payer de très lourdes contributions, surtout à la formation actuellement au pouvoir, pour financer la campagne.

"C’est devenu inadmissible ! Je ne peux pas accepter que mes trois enfants meurent de faim à cause des différentes courses politiques de notre chef de ménage", s’insurge Anne Dushime, la femme d’un fonctionnaire de Kamenge, à Bujumbura. Selon cette enseignante, son époux participe presque chaque soir à des réunions de son parti politique et à tous les week-ends organisés à l’intérieur du pays "alors que la famille n’a pas assez d’argent". Son époux se défend par les clichés habituels : "Les femmes sont naturellement ignorantes ! Je ne suis pas le seul à le faire. Et d’ailleurs, qui ne risque rien n’a rien !"

La série d’élections au Burundi commencera le 21 mai par les scrutins communaux. Les partis politiques affinent leurs stratégies et font campagne partout où ils le peuvent. La plupart des partis ont déjà désigné leurs candidats. Au FNL (Forces Nationales de Libération), à l’UPD (Union pour la Paix et le Développement), au CNDD-FDD (Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Forces de Défense de la Démocratie), ce sont les cadres et les responsables du parti qui ont voté pour les désigner, au MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie), ce sont tous les militants. Ces votes sont une nouveauté, car auparavant, c’étaient les États majors des partis qui dressaient ces listes dans le secret le plus total.

Etre un vrai militant

Actuellement, pour être reconnu comme un vrai militant, et ainsi pouvoir espérer obtenir un poste par la suite, il faut participer à toutes les réunions et descentes de campagne organisées par son parti. Les samedi et dimanche, on voit donc les militants sur les parkings de Bujumbura dans l’attente du bus pour se rendre dans leurs régions natales. Un casse-tête pour les petits fonctionnaires qui travaillent dans la capitale et qui doivent payer leurs frais de déplacement en puisant dans les budgets familiaux, ce que n’apprécient guère leurs épouses.

Ce père de famille interrogé ne précise pas le montant de l’argent engagé dans ses courses politiques, mais pour lui, il n’y a pas d’investissement plus stratégique que la politique pour quelqu’un qui est passé sur les bancs de l’école. Pour expliquer qu’il est prêt à tout pour se lancer dans cette compétition électorale, ce fonctionnaire enseignant donne l’exemple de voisins qui se sont enrichis tout d’un coup grâce à leur militantisme politique... Pour lui, l’échec de son parti est exclu.

Contributions obligatoires

L’origine des fonds des partis politiques au Burundi n’est pas claire. Aucun des responsables n’ose révéler d’où il tire l’argent souvent distribué à la population ; ni celui utilisé pour le "partage d’un verre" qui clôt souvent les meetings de certains partis.

Pour Frédéric Bamvuginyumvira, vice-président du parti Sahwanya-Frodebu (un parti de l’opposition qui avait gagné les élections en 1993), les partis politiques burundais en demandent trop à leurs membres. Il estime que même si l’adhésion à un parti est volontaire, il faut se rappeler que les Burundais sont pauvres et que "demander des contributions aux petits fonctionnaires suppose de toucher à leurs budgets quotidiens". Il propose que le gouvernement prévoie un budget pour financer les partis qui, jusqu’à présent, ne reçoivent aucune aide.

Le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, n’est cependant pas inquiet pour ses finances. Gloriose Berahino, chargée de la communication de ce parti, affirme que, selon les activités organisées, les militants peuvent être appelés à donner tout leur salaire du mois. Un devoir pour tout adhérent… "Mais cet argent est souvent perçu en tranches pour ne pas condamner les militants à s’endetter", ajoute-t-elle sans préciser cependant la contrepartie de ces contributions que la plupart jugent énormes par rapport aux salaires des fonctionnaires. Un cadre du ministère des Transports, qui a requis l’anonymat, se dit cependant inquiet du fait que son parti retire ces contributions à la source, directement sur le salaire, en toute illégalité. La plupart des fonctionnaires se retrouvent ainsi bon gré, mal gré, dans l’obligation de payer.

Une partie de l’opinion publique estime que ces exigences souvent démesurées expliquent que de nombreux responsables administratifs puisent dans les caisses de l’État pour satisfaire leurs partis politiques et se maintenir longtemps en poste.

Stany Ngendakumana