Burundi : faire revenir les touristes

Faire revenir les touristes, source de revenus appréciable, tel est l’objectif du gouvernement burundais. Le pays ne manque pas d’atouts, mais tout le patrimoine touristique est à réhabiliter. Il faut aussi que les habitants fassent preuve d’hospitalité et que les structures d’accueil soient de qualité.

Burundi : faire revenir les touristes

Syfia Grands-Lacs, 10-06-2011. Le lundi 9 mai, le descendant de Livingstone, David a pleuré d’émotion lorsqu’il a touché la pierre marquant le point de rencontre entre l’explorateur Livingstone et Henri Morton Stanley, le reporter américain, venu à sa recherche en 1871, vingt-deux ans avant le début de la colonisation allemande. C’était au Burundi, mais aujourd’hui rien ne distingue ce site pourtant historique. Le jeune touriste, monté sur cette pierre, a promis de le réhabiliter en mémoire de son grand-père. Tout comme cet endroit célèbre, tous les sites touristiques du Burundi sont actuellement abandonnés et ne se remarquent même plus.

Paradoxalement, le Burundi a été classé, en mars dernier premier exposant du continent africain à la Foire internationale du tourisme de Berlin. Son stand montrant la richesse de ses sites touristiques et des traditions de ses habitants a convaincu le jury. C’était la première fois qu’il participait à cette compétition depuis 20 ans. Un bon point, mais encore faut-il mettre à profit ces atouts. "Le pays peut mieux faire connaître son histoire et générer des recettes qui contribueraient à financer son économie et à réduire la pauvreté. Le tourisme peut à lui seul apporter 10 % du budget national (plus de 100 millions de $)", estime un cadre du ministère des Finances.

Préserver le patrimoine historique

Pour valoriser les sites touristiques, il faut que tout le monde s’y mette, estime Amatus Burigusa, point focal du tourisme au ministère du Commerce, industrie et tourisme. Selon lui, l’administration doit coordonner les activités et la population faire preuve d’une grande hospitalité envers les visiteurs tant nationaux qu’internationaux.

Mais il y a beaucoup à faire. Depuis plus de trente ans, ces sites n’ont pas été entretenus. "La guerre civile qui a duré plus de douze ans a encore compliqué la situation. Même les sites touristiques qui existaient ont été détruits, comme le parc naturel de la Ruvubu (Centre), indique Christian Nibitanga, chargé de la promotion à l’Office national du tourisme (ONT). Heureusement, le gouvernement a, depuis plus d’une année, fait de la valorisation du patrimoine touristique l’une de ses priorités."

Sur le site royal de Kiganda (Centre), devenu célèbre en 1903, avec la signature du Traité de Kiganda (entre le roi de l’époque Mwezi Gisabo et l’autorité coloniale allemande) qui consacrait le début de la colonisation au Burundi, aucun signe, aucun bâtiment ne permet de repérer cet endroit. "Plus de 100 ans après, nos dirigeants n’ont jamais songé à préserver la mémoire du passé. Ce site touristique n’existe que dans les livres", regrette un habitant de Kiganda. La plupart des Burundais ont fini par s’en désintéresser.
Avant 1993, de nombreux touristes étrangers venaient pourtant au Burundi pour visiter notamment la source du Nil à Rutovu, les eaux thermales de Bururi (Sud), les musées vivants de Bujumbura et Gitega, les failles de Nyakazu (Centre)…

Une stratégie du gouvernement

Le musée vivant de Bujumbura, où l’on pouvait voir des objets d’art et plusieurs espèces d’animaux, tout comme celui de Gitega, est complètement délabré. Dans la capitale, "l’endroit ne se reconnaît que grâce à l’existence d’un débit de boisson. Le seul léopard de ce musée a failli être acheminé, le mois dernier en RD Congo, n’eut été la vigilance de l’autorité en charge de la culture. Mais, la Belgique a promis de réhabiliter ce musée", rappelle un cadre du ministère du Commerce, industrie et tourisme.

Mais pour faire venir les touristes, surtout étrangers, les seuls sites ne suffisent pas, il faut aussi des infrastructures de qualité pour les accueillir comme les hôtels construits au bord du lac Tanganyika, ces dix dernières années. "Avec le projet Tourisme financé par le PNUD, nous comptons accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement durable du tourisme. Depuis janvier 2011 avec l’appui de l’Institut des statistiques et des études économiques du Burundi (ISTEEBU), nous avons désormais des données chiffrées sur le flux touristique ainsi que les revenus qu’il génère", ajoute Chistian Nibitanga. Pour l’instant, la stratégie consiste surtout à faire un état des lieux, sensibiliser la population sur l’intérêt des sites touristiques et réhabiliter ces derniers pour les rendre plus attractifs. Le gouvernement entend s’impliquer dans cette redynamisation du secteur en lui accordant un budget conséquent et en coordonnant les différentes interventions.

Anaclet Hakizimana