Burundi : bonbons et bire : le sucre tue à petit feu

Un Burundais sur 20 est aujourd’hui diabétique : les enfants parce qu’ils mangent trop de bonbons, les adultes parce qu’ils boivent trop de bière. Médecins, nutritionnistes et association des consommateurs tirent la sonnette d’alarme.

Burundi : bonbons et bière : le sucre tue à petit feu

Syfia Grands Lacs. Tous les soirs, les mamans de Jonathan, 6 ans et Guido, 8 ans, deux enfants de Bwiza, une commune de Bujumbura, leur rapportent bonbons, biscuits ou chocolats. "Sinon, nos enfants ne nous saluent pas et refusent de nous parler", précise l’une d’elles, persuadée que ces produits favorisent la croissance de son petit. Honnery, lui, n’a que 3 ans mais les dents déjà très abîmées à cause des sucreries. "Même les visiteurs ne s’aventurent pas à venir sans lui amener des biscuits ou des bonbons, sinon il les boude", affirme sa maman.

Importés d’Asie et vendus très peu chers (10 Fbu l’unité soit 0,01 $), les bonbons ont la cote auprès des enfants burundais. Par ignorance, beaucoup de parents cèdent aux caprices de leur progéniture et n’ont pas conscience des conséquences désastreuses sur la santé de cette consommation excessive de sucre. P. Nimpagaritse, adulte, voit aujourd’hui les conséquences de sa consommation excessive de bonbons dans sa jeunesse : ses dents sont toutes cariées. "Comme j’étais toujours le premier de la classe, un prêtre du coin avait l’habitude de me donner des sachets remplis de bonbons. Je me rends compte désormais qu’il s’agissait de cadeaux empoisonnés, mais il n’en avait pas conscience et moi non plus", raconte-t-il. Le sucre présent dans la bière fait également des ravages chez les adultes, grands consommateurs. Résultat : aujourd’hui un Burundais sur 20 est diabétique, soit près de 385 000 personnes. Ils étaient moitié moins nombreux il y a seulement cinq ans.

L’alcool tue comme le sucre

Le diabète survient lorsque le pancréas ne synthétise pas assez d’insuline (une hormone qui régule la concentration de sucre dans le sang) et que le sucre n’atteint plus les cellules à qui il fournit de l’énergie, mais reste en excès dans le sang. Artères et veines en souffrent, de même que les nerfs. C’est ainsi que les yeux peuvent être touchés et que les blessures ne peuvent se cicatriser, nécessitant souvent des amputations. Le Centre de lutte contre le diabète (CELUCODIA) a déjà accueilli plus de 4 000 malades venus de toutes les provinces du Burundi. Selon le responsable de ce centre, le Dr Frédéric Nsabiyumva, les causes de la maladie sont une alimentation déséquilibrée, ainsi que le stress qui accélère la production de certaines hormones nuisibles, l’hérédité et certaines maladies virales. "Les gens qui risquent de développer du diabète sont ceux qui restent trop longtemps assis dans les bureaux, consomment de l’alcool de manière exagérée, naissent avec une prédisposition à la maladie et les femmes qui mettent au monde des enfants trop gros (dépassant 4 kilos)", précise le docteur Théodore Niyongabo du Centre hospitalo-universitaire de Kamenge. Dans cette structure de soins, les femmes qui accouchent de gros bébés subissent systématiquement un test de diabète, car elles peuvent le transmettre à leurs bébés.

Les hommes qui consomment trop de boissons alcoolisées sont aussi touchés par ce mal, sans toujours vouloir le prendre en compte. SN, un alcoolique, préfère se mettre en danger plutôt que d’arrêter de boire. "Même si j’ai eu la jambe amputée à la suite des complications du diabète, je prends mes 4 Amstels (65 cl) en moyenne par jour car, sans alcool, je ne trouve pas le sommeil", affirme-t-il.

Au terme d’une étude réalisée en avril dernier, l’Association burundaise des consommateurs (ABUCO) lance des messages par affiches et radios, déconseillant les sucreries en précisant qu’elles font grossir énormément et réduisent le système immunitaire. Pour le porte-parole de l’ABUCO, Pierre Nduwayo, les sucreries sont des armes ignorées, mais qui tuent à petit feu. Il est fréquent de croiser à Bujumbura des enfants obèses sans que personne ne s’en rende compte. C’est le cas d’un enfant de la commune de Gihosha, qui réclame des biscuits à tous les passants. À 11 ans, il pèse 55 kilos, ce qui fait la fierté de ces parents, mais hélas, son futur malheur.

Plus de sport, moins de sucre.

Pour diminuer les risques de maladies liées au sucre, le docteur Aloys Niyongabo, nutritionniste, conseille de faire du sport, de boire beaucoup d’eau et moins de boissons alcoolisées. Certains habitants de Bujumbura l’ont compris et s’organisent pour pratiquer ensemble la course à pied ou la marche pendant le week-end. "Peu d’alcool et de sucre, beaucoup d’eau et de sport, c’est ma devise !", lance l’un d’entre eux, membre du club de sport "Les Amis de la Montagne". "Les caries doivent également être prévenues par le brossage au fluor qui élimine la plaque de sucre sur les dents", ajoute Niyongabo.
Pour lui, les adultes qui mettent beaucoup de sucre dans le thé ou le café, sont eux aussi en danger. "Mieux vaut consommer un peu de sucre naturel comme celui provenant du miel ou de la canne à sucre", conseille-t-il. Il souhaiterait voir la mise en place d’une vaste campagne d’explication sur le danger des sucreries et des boissons alcoolisées ainsi qu’un dépistage régulier du taux de glycémie (sucre) dans le sang, ce qui est un examen simple, praticable partout.

Anaclet Hakizimana
07-05-2009