Barroso reconduit à la tête de la Commission européenne

José Manuel Barroso a été reconduit pour cinq ans à la présidence de la Commission européenne après avoir obtenu la majorité absolue mercredi lors du vote d’investiture au Parlement européen. Lire la suite l’article

Discussion : Union Européenne

Sans surprise, les eurodéputés se sont prononcés pour un nouveau mandat de l’ancien Premier ministre portugais à la tête de l’exécutif communautaire par 382 voix sur un total de 718 bulletins exprimés, alors que 219 d’entre eux ont voté contre et 117 se sont abstenus.

Une majorité simple lui suffisait pour être investi par le Parlement actuel, élu sous le régime du traité de Nice et qui compte 736 membres.

Ce résultat sans appel est une solide victoire pour José Manuel Barroso, premier président de la Commission à effectuer un second mandat depuis le départ de Jacques Delors en 1995.

Sa réélection clôt trois mois de négociations politiques et de joutes parlementaires ouvertes à l’issue des élections européennes du 7 juin autour de son nom.

Le soutien exprimé par les eurodéputés retire également toute force à l’argument de certains de ses opposants pour qui un nouveau vote à la majorité absolue aurait été nécessaire sous le futur traité de Lisbonne.

En revanche, cette majorité, qui sera de 378 voix pour un parlement de 754 membres si le traité de Lisbonne entre en vigueur, s’imposera pour le vote collégial sur l’ensemble de la nouvelle commission.

La composition du nouvel exécutif sera l’une des priorités de José Manuel Barroso. Il ne pourra véritablement s’y atteler qu’après le référendum irlandais du 2 octobre sur le traité de Lisbonne qui modifiera l’architecture institutionnelle à la tête de l’UE et notamment le nombre de commissaires.

PRÉPARER LE G20

Barroso a refusé de se prononcer sur la composition de son équipe, même s’il a reconnu que des contacts informels avaient lieu avec les différentes capitales européennes.

"Une fois qu’il y aura de la clarté sur le traité de Lisbonne, alors nous verrons (...) Mais d’un point de vue politique, je veux travailler avec tous ceux qui veulent participer au projet européen", a-t-il dit.

"Dans la prochaine commission, c’est clair, il y aura des membres de la famille socialiste, de la famille libérale", a-t-il poursuivi, tout en se montrant confiant sur la capacité de cet exécutif à recevoir l’assentiment des eurodéputés.

En 2004, il avait dû modifier son équipe initiale, le Parlement ayant émis des avis négatifs sur l’Italien Rocco Buttiglione et le Hongrois Laszlo Kovacs. Ceci avait entraîné la sortie de la Commission européenne du premier et le changement de portefeuille du second.

A l’issue du vote, le président de la Commission a remercié les eurodéputés et leur a promis d’oeuvrer pour une Europe forte, caractérisée par les valeurs de liberté et de solidarité.

Il s’est félicité que le résultat permette d’affronter avec confiance les prochaines échéances internationales.

"Avec ce vote, il n’y aura pas de vide dans les institutions européennes et c’est très important (...) La plus grande priorité pour moi, c’est de préparer le G20", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

La refonte du système européen de régulation financière, les négociations sur le climat de Copenhague, la réforme de la politique agricole commune ou la définition des perspectives budgétaires à long terme de l’UE figurent parmi les principaux dossiers qui seront à son agenda au cours des prochains mois.

PAS CONFORTABLE

José Manuel Barroso a pu compter mercredi sur l’appui de son groupe, le Parti populaire européen (PPE) et sur le ralliement d’un grand nombre de députés libéraux, de l’ensemble du groupe eurosceptique et d’une trentaine de socialistes, principalement portugais et espagnols.

Les socialistes français auraient en revanche tous votés contre lui, selon l’eurodéputé fabiusien Henri Weber, alors que le groupe prônait officiellement l’abstention.

Le président du groupe PPE, Joseph Daul, a parlé d’une "grande victoire", matérialisée par "une majorité Lisbonne avec un nombre de députés Nice".

Le chef du groupe socialiste, l’Allemand Martin Schulz, a quant à lui fait valoir que cette élection n’était "pas confortable" car obtenue "grâce aux anti-européens".

Son parti a immédiatement indiqué qu’il s’évertuerait désormais à obtenir un maximum d’influence lors des négociations sur les principales fonctions exécutives à la tête de l’UE et qu’il faisait une priorité de l’obtention de l’un des futurs postes de président fixe du conseil ou de haut représentant pour la politique extérieure.

Le leader des Verts, Daniel Cohn-Bendit, a de son côté ironisé sur "un homme de droite élu par une majorité non qualifiée de droite qui a été aidé par des députés de gauche".

Avec Julien Toyer à Bruxelles, édité par Gilles Trequesser