Témoignage d’un témoin oculaire

Assassinat et résurrection de la Sainte Vierge en ex-Zaïre Poème dédié à quinze femmes enterrées vivantes à Makobola (Dans l’est de l’ex-Zaïre)

Quand Il créa le monde,

Dieu le suspendit dans les nues,

Là dans le voûte azuré

Surplombant la géhenne ;

J’ai nommé les P.G.L :

Pays des Grands-Ladres.

Il demanda alors à la femme

D’en être le panthéon.


Je suis la servante du Seigneur ;

Que Sa volonté s’accomplisse !


Il me revient sans demander l’avis

A ma cervelle qui pèse huit tonnes,

Les souvenirs du chemin de la croix ;

Il me revient comme vous vient la nausée,

Les souvenirs d’un dur séjour,

Au pays de la rumba et de la sape,

Devenu pour adapter son appellation

Au concert des salves et des sabres,

République Démesurément Convoitée.

D’autres disent « Diablement Concassée ».

Je n’en sais rien dire comme avis ;

Si ce n’est que j’y vécus la mort de la vie !


Ô femme ma sœur mon os,

Et ma mère et ma mémère ;

Femme née pour faire naître la naissance ;

Femme qui se débat dans les ébats des flammes,

Des Pays des Grands-Ladres ;

Femme ; femme !

Qu’as-tu fait ou n’as-tu pas fait

A quel sorcier à quel démiurge ?

Dans la langue de ma mère,

« Makobola » signifie ni moins ni plus,

Dénuder à l’effet de dénigrer,

La fontaine des eaux de la vie.


Je ne connais ni article de loi ni verset ;

Je n’ai pas appris une seule sourate ;

Je ne suis ni magistrat ni prélat ;

Je ne suis ni gourou ni imam ;

Je ne sais que pleurer et chanter :

Que ma cithare vous accompagne

De la hauteur où Il vous avait placées

Jusque dans la fosse où vous gisez,

Que ni Droit ni Torah ne plaignent !


Vous étiez venues vivantes, pour partir mortes :

Dieu vous avait donné la terre et ses terres,

A l’effet de vous en faire fondement ;

Ils vous n’en firent que fondation

Pour ériger leurs gratte-ciels.

Quand mourir fut devoir,

Temps on n’eut plus

De se remémorer

Que nos vies

Sont vous,

Mères.

Ah !


Le soleil marche de l’ouest à l’est :

Il va faire nuit à La Gombé ;

Il fait déjà jour à Kanombé,

Alors que la parole je la passe

A un revenant ex-soldat,

Mort des sortilèges des souffles,

Dans les champs des monts Venus,

Situés dans la localité de Makobola.

Il vous racontera lui-même

Ce qui lui arriva après sa guerre

Contre des voiles armés de poils pubiens.

Ne m’en voulez pas de l’avoir entendu ;

Prêtez-lui aussi votre oreille !


« J’ai bien accompli ma mission :

Les femmes flirtent avec fers et flammes,

Les copains des mères des coquins.

Je suis un vautour de la bravoure :

Je n’ai eu à achever que celles

Que j’avais violées et fait violer ;

Il fallait les sauver des yeux des bouches !


« J’essaie mon croupion sur un caillou ;

Le caillou sort par ma bouche.

Le caillou me scie les joues ;

Dents et yeux miens fondent et tombent.

Le sucre est âcre ; fiel est le miel.

Je les lape les mâche et les crache ;

C’est à mes mâchoires de choir !

Contre l’âtre je cogne mes pieds ;

Ce sont mes oreilles qui tombent » !


On ne tue pas Marie impunément !


« Le béret a fait place au guéret.

J’y ai semé huit hectares de mil ;

C’est le chiendent qui a poussé !

Mon troupeau de bœufs paît en paix

Sur les hauteurs des monts Minembwe ;

C’est un essaim de chenilles qui rentre !

Ma génisse est en gésine.

Elle met bas : une kalachnikov ! »


On ne tue pas Marie impunément !


« Tous mes bœufs décimés,

Il me faut vivre de la chasse.

Je tire sur un rhinocéros,

Qui valdingue et qui s’affaisse.

Une giclé de sang intarissable

Sort des tempes de mon fils !

Je ramasse le fusil de la guigne ;

Un cobra me coupe le bras ! »


On ne tue pas Marie impunément !


« Quand tout rentre dans le néant,

On rentre et on range la raison ;

On n’a plus que l’amour à donner.

J’empoigne sa majesté de la culotte ;

Je caresse les perles de ma femme.

C’est une grosse vipère qui la mord

Dans le tréfonds de la fontaine !

Elle s’éteint dans mes ébats

Sans même goûter au dernier plaisir !

De ce serpent sort une fée,

Qui me tire la langue et s’éclipse

Dans une fumée de brouillard,

Non sans entonner une mélopée :


Cadavre maudit quinze fois,

Quinze autant qu’il y a de vies

Dans le firmament de l’infini,

Tu es mort et quinze fois,

Tu seras enterré dans un canari

Qu’on va enterrer quinze fois

Dans les feux des fléaux infernaux.

On a connu ailleurs des guerres !

Qui t’a dit qu’on rend Jésus

Orphelin impunément ? »


« Mon commandant me délègue

Aux funérailles des soldats morts

Des sortilèges des prés des souffles,

Dans les hauteurs des monts Mulenge.

Je me marie dans un cimetière,

A une sorcière bisexuée et aveugle.

Je quête le sucre de son sud.

Où trouver même une cicatrice ?

Le voyage de noces nous le passons

Dans la gueule d’un dragon

Maîtrisé par les bras d’une femme. »


On ne tue pas Marie !


Sébastien Ntahongendera, In Les échos des caveaux , recueil inédit.