Alpha Condé : la revanche d’un opposant en Guinée

Source : www.la-croix.com

16/11/2010 16:18

Alpha Condé : la revanche d’un opposant en Guinée



Leader de l’opposition guinéenne depuis quarante ans, Alpha Condé a été déclaré vainqueur de la présidentielle. Son adversaire conteste ce résultat mais a appelé ses partisans au calme

Alpha Condé, figure historique de l’opposition, a remporté la présidentielle guinéenne. (Photo Issouf Sanogo/AFP)


Alpha Condé ne promènera plus sa haute silhouette longiligne, boitant légèrement, dans les salons parisiens.


À 72 ans, après trois décennies d’exil et des années d’emprisonnement, cette figure historique de l’opposition guinéenne a remporté l’élection présidentielle avec 52,5 % des voix contre 47,4 % à son adversaire Cellou Dalein Diallo, a annoncé lundi 15 novembre la Commission électorale à Conakry.


Cellou Dalein Diallo a lancé un « appel pressant » à ses électeurs « pour leur demander de faire preuve de retenue, de calme, éviter les provocations et les violences de toute nature ».


À Conakry, des affrontements entre de jeunes partisans de Cellou Dalein Diallo et les forces de l’ordre avaient fait lundi 15 novembre au moins deux morts et des dizaines de blessés.

"Pour l’avènement de la démocratie en Guinée"

Par ailleurs, deux personnes auraient été tuées par des militaires en Moyenne-Guinée (centre) et des incidents ont été rapportés dans d’autres villes de la région, qui est le fief de l’ethnie de Cellou Dalein Diallo, les Peuls.


Dans sa première déclaration après l’annonce officielle de sa victoire, Alpha Condé a appelé son « jeune frère » à la « concorde », estimant que « le temps est venu de se donner la main ».


Il s’est présenté comme « le président du changement au bénéfice de tous, le président de la réconciliation nationale et du progrès » et a dédié sa victoire à « tous ceux qui ont lutté, souvent au prix de leur vie, et souffert dans leur chair pour l’avènement de la démocratie en Guinée ».

Redouté pour sa conception personnelle du pouvoir

Ce pays ouest africain qui fut la seule colonie française à dire « non » à de Gaulle en 1958, a vécu depuis lors sous la férule de deux dictateurs, Sékou Touré et Lansana Conté, puis d’une transition militaire marquée par la tuerie du 28 septembre 2009 au stade de Conakry (au moins 157 morts).


À l’image du Sénégalais Abdoulaye Wade, arrivé au pouvoir à 73 ans après une vie dans l’opposition, Alpha Condé est apprécié pour son charisme et son intelligence, mais redouté pour sa conception personnelle du pouvoir. Ses électeurs le voient comme « un homme neuf » qui n’a jamais pris part au pillage du pays.


Mais lui qui a brandi, durant la campagne, le spectre d’une « mafia peule » cherchant à « accaparer tous les pouvoirs » saura-t-il tendre la main à ses adversaires déçus ? Cela conditionnera le rebond tant attendu d’un pays misérable – bien que riche sur le plan minier – et exténué.

Laurent D’ERSU

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Alpha Condé, l’opposant de toujours à tous les régimes en Guinée

(AFP)

CONAKRY — Long exil et prison ont marqué la vie d’Alpha Condé, qui a remporté l’élection présidentielle en Guinée : avant d’accéder à la magistrature suprême, cet intellectuel de 72 ans a combattu tous les régimes en place, ce qui lui a valu le titre "d’opposant historique".

Svelte, boitant légèrement, vêtu le plus souvent d’une chemise saharienne, Alpha Condé, qui défend des valeurs de gauche, communique peu avec la presse, mais a le sens de la formule et sait enthousiasmer son auditoire.

Mais s’ils reconnaissent son charisme et son intelligence, certains de ses proches et tous ses adversaires le décrivent comme un homme autoritaire et impulsif, qui écoute peu, agit le plus souvent seul.

Ses électeurs le considèrent comme "un homme neuf" qui n’a jamais eu l’occasion de "participer au pillage du pays".

"C’est un homme qui a quand même affronté tous les régimes, de Sékou Touré à Lansana Conté", reconnaissait à Conakry un électeur de son adversaire, Cellou Dalein Diallo, tout en lui reprochant d’avoir "joué avec le feu" des arguments ethniques, durant la campagne, quand il fustigeait la "mafia peule".

Né le 4 mars 1938 à Boké, en Basse-Guinée, Alpha Condé est issu de l’ethnie malinké, majoritairement installée en Haute-Guinée (est).

Il part en France dès l’âge de 15 ans pour y poursuivre ses études et y obtient des diplômes en économie, droit et sociologie. Il va ensuite enseigner à la prestigieuse université parisienne de la Sorbonne.

Parallèlement, il dirige dans les années 60 la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) et anime des mouvements d’opposition au régime dictatorial d’Ahmed Sékou Touré, "père de l’indépendance" de la Guinée, ex-colonie française qui a acquis sa souveraineté en 1958.

Sékou Touré condamne Alpha Condé à mort par contumace en 1970.

Pendant son exil d’une trentaine d’années, l’opposant se lie d’amitié avec plusieurs personnalités, dont le ministre français sortant des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Il rentre au pays en 1991, sept ans après la mort de Sékou Touré.

Au dictateur a succédé un caporal autoritaire, Lansana Conté qui a dû accepter une timide démocratisation permettant à Condé de se présenter à la présidentielle en 1993, puis en 1998.

Ces scrutins ne sont ni libres ni transparents mais Alpha Condé est officiellement crédité de 27% et 18% des voix.

e fondateur du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) fait peur à Lansana Conté qui le fait arrêter juste après la présidentielle de 1998, avant même la proclamation des résultats. Il est condamné en 2000 à cinq ans de prison pour "atteintes à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire national".

Il purgera en partie sa peine : sous la pression internationale, il est "gracié" en 2001.

A sa sortie de prison, il assure que son "modèle" est Nelson Mandela, ancien prisonnier devenu en 1994 le premier président noir d’Afrique du Sud. "Il faut faire comme lui, pardonner mais ne pas oublier", dit-il alors.

En 2003, il boycotte la présidentielle, comme les autres candidats des grands partis d’opposition.

Après la mort de Conté et la prise du pouvoir par une junte dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara, fin 2008, Alpha Condé réclame des élections et reste dans l’opposition.

Il est en visite à New York quand l’armée réprime dans le sang un rassemblement de l’opposition à Conakry, le 28 septembre 2008, tuant 157 civils. Condé est alors l’un des premiers opposants à fustiger le "pouvoir criminel" et à dénoncer la responsabilité du chef de la junte dans le massacre.

Il a été marié trois fois et est père d’un garçon.