40 martyrs de Buta : le pélerinage de Saint Maurice pose plus de questions qu’il n’éclaire l’opinion intéressée par le drame.

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Le 11ème pèlerinage aux Saints d’Afrique, 3 juin 2012, Saint-Maurice : des questions sur le choix des « 40 martyrs de Buta »

Le onzième pèlerinage aux Saintes et aux Saints d’Afrique à Saint Maurice, le 3 juin 2012, est centré sur la figure des jeunes témoins martyrs de Buta, au Burundi. Des questions se posent autour de cet évènement.

La première version postée sur le site de missio disait ceci : « C’est dans la matinée du 30 avril 1997 en effet que ces jeunes innocents ont été ignominieusement massacrés. Avant de passer au supplice de ces innocents, les miliciens leur ont demandé que les hutus se mettent d’un côté et les tutsis d’un autre. L’objectif était bien sur l’élimination des seuls tutsis comme cela se faisait partout ailleurs où cette formation génocidaire avait déjà sévi. Les séminaristes ont choisi de rester unis, ce qui leur a valu de périr ensemble certes, mais de rester gravés dans la mémoire des burundais et de tous les bien-pensants comme des martyrs de la fraternité………… », (http://www.mission.ch/fr/missio-eglise-universelle/pelerinage-africain-2012.htlm, visitée et imprimée le 13 avril 2012).

Qui sont les « tous les bien-pensants » et où sont-ils ?

La deuxième version a la teneur suivante : « C’est dans la matinée du 30 avril 1997 en effet que ces jeunes innocents ont été ignominieusement massacrés. Avant de passer au supplice de ces innocents, les miliciens leur ont demandé que les hutus se mettent d’un côté et les tutsis d’un autre. Les séminaristes ont choisi de rester unis, ce qui leur a valu de périr ensemble certes, mais de rester gravés dans la mémoire des burundais et de tous les bien-pensants comme des martyrs de la fraternité », (http://www.mission.ch/fr/missio-eglise-universelle/pelerinage-africain-2012.htlm, visitée et imprimée le 16 mai 2012).
Dans le flyer distribué dans la rue on lit ceci : « C’est dans la matinée du 30 avril 1997 en effet que ces jeunes innocents ont été ignominieusement massacrés. Avant de passer au supplice de ces innocents, les miliciens leur ont demandé que les hutus se mettent d’un côté et les tutsis d’un autre. L’objectif était bien sur l’élimination des seuls tutsis. Les séminaristes ont choisi de rester unis, ce qui leur a valu de périr ensemble certes, mais de rester gravés dans la mémoire des burundais et de tous les bien-pensants comme des martyrs de la fraternité ».

Suit la liste nominative des 40 « martyrs de Buta ».

L’allégation « L’objectif était bien sûr l’élimination des seuls tutsis » est à nouveau réintroduite, en éliminant la 2ème partie de la phrase : « comme cela se faisait partout ailleurs où cette formation génocidaire avait déjà sévi » ! Qui a posté sur le site de missio la première version ? Pourquoi celle-ci a-t-elle été modifiée après coup (en supprimant l’affirmation « L’objectif était bien sûr l’élimination des seuls tutsis comme cela se faisait partout ailleurs où cette formation génocidaire avait déjà sévi ») et par qui ? Doit-on penser que l’auteur voulait rétablir une certaine vérité ? Qui a retravaillé le flyer et à quelles fins ?

En tout état de cause, le public a le droit d’être correctement et loyalement informé. Il y a lieu de se poser la question de liens entre l’auteur et les miliciens dont il parle ! Ne va-t-il pas jusqu’à dévoiler au public leur objectif ?
A quoi renvoie le « partout ailleurs » alors qu’on est centré sur le Burundi.

L’auteur peut-il énumérer des endroits où les tutsis sont massacrés en 1997 ?
En parlant de « l’élimination des seuls tutsis » dans le cadre du Burundi, l’auteur semble avoir choisi d’ignorer sciemment que le premier génocide en Afrique des grands lacs a été commis en 1972 contre les populations hutues. Le gouvernement de la minorité Tutsi commença par liquider les dirigeants Hutu en 1965, ensuite il assassina entre 100 000 et 300 000 Hutu en 1972 (cf. notamment B. F. KIRARANGANIYA, La vérité sur le Burundi, Éditions Naaman, Sherbrook 1985 ; R. LEMARCHAND, « Le génocide de 1972 au Burundi », Cahiers d’études africaines [En ligne], 167 | 2002, mis en ligne le 22 juin 2005, consulté le 27 mai 2012. URL : http://etudesafricaines.revues.org/156 ; R. LEMARCHAND, Burundi : Ethnic Conflict and Genocide, Wilson 1995 Center Press ; Cambridge University Press, Cambridge 1995 ; LEMARCHAND/MARTIN, Selective Genocide in Burundi, Minority Rights Group, London 1973 ; S. NTIBANTUGANYA, Une Démocratie pour tous les Burundais : de l’Autonomie à Ndadaye, 1956-1993, vol. I, L’Harmattan, Paris 1999 ; A. NSANZE, Burundi : Le passé au présent. La République contre le peuple, 1966-1993, Nairobi 1998).

De 1969 à 2003 , plus d’un million (1 000 000) de Citoyens Burundais d’ ethnie hutu ont été assassinés par les Forces Armées Burundaises et le Pouvoir tutsi (voire références citées). N’y avait-il pas des martyrs parmi toutes ces foules jetées dans les fausses communes ? L’auteur de l’article incriminé a-t-il entendu parler de l’Abbé Michel Kayoya assassiné lors du génocide hutu de 1972 et jeté dans une fosse commune ? (Sophie Kersten, « Kayoya : un saint prêtre, simple et fraternel », in « L’humanisme de Michel Kayoya. Pour une paix dans la dignité au Burundi », Editions Centre Ubuntu, Bujumbura, décembre 2003, p. 115-117).

En optant pour la mémoire sélective, les organisateurs du pèlerinage du 3 juin 2012 ne prennent-ils pas le risque de division plutôt que de rechercher la réconciliation entre les Burundais ? On doit également craindre que la célébration des « martyrs » de Buta » ne ravive des haines ethniques dévastatrices dans un pays où les plaies sont encore béantes. L’auteur nous dit que l’objectif des miliciens était bien sûr l’élimination des seuls tutsis. Les 40 victimes de Buta sont hutus et tutsi. Dans ces conditions, qui est martyr, qui ne l’est pas ?

Enfin, l’histoire des martyrs burundais ne commence pas en 1997. Ignorer cette réalité revient à exposer le Burundi et à le replonger dans les abimes des crimes passés restés à ce jour impunis. Qui est prêt à assumer une telle responsabilité ?

(Roger Macumi, ++41 26 477 07 72, kireka12 rLC gmail.com)